(photos : Frédérique Hermine)
(photos : Frédérique Hermine)

La Maison Ferrand d’Alexandre Gabriel, productrice de cognacs, rhums et gins haut de gamme, vient de fêter ses 30 ans au château Bonbonnet, au cœur de la Grande Champagne. Retour sur le parcours d’un passionné visionnaire.

Le pari était osé quand le jeune Alexandre Gabriel, sorti d’une grande école de commerce et fraichement débarqué des États-Unis, arrive en Cognaçais. Lorsqu’on lui parle de qualité et d’excellence à longueur de chais, il décide de mettre sa passion au service du savoir et de l’émotion. Il entreprend de faire connaitre à l’autre bout du monde les cognacs Ferrand, à la production confidentielle, avant de racheter les chais et le château Bonbonnet d’Ars, au cœur de la Grande Champagne en Charente.

Et comme Alexandre cherche toujours à franchir les frontières, il tombe amoureux – après Debbie bien sûr, son épouse américaine – du rhum et du gin. Il créé le gin Citadelle en 1996 et la gamme de rhums Plantation en 1997. Ce passionné de recherche et développement va échanger avec les barmen et maîtres de chais du monde entier, explorer archives d’ici et distilleries de l’autre côté de l’Atlantique pour renouer avec des savoir-faire ancestraux ou en expérimenter de nouveaux. Car ce chef d’entreprise est avant tout un créateur infatigable, « jamais satisfait » (il le reconnaît lui-même) mais accompagné par une équipe de fidèles et dévoués collaborateurs auxquels il semble avoir communiqué sa passion et son énergie. Il a su aussi s’entourer d’autres fous de spiritueux comme ceux qu’il appelle ses OFTD Boys, barmen, mixologistes, historien… toujours prêts à saisir une idée au bond quand il s’agit de créer un nouveau breuvage comme le Old Fashioned Traditional Dark, assemblage de rhums de Guyana, Barbade et Jamaïque à 69% vol.

Extension en vignes et en distilleries

Ces dix dernières années, la maison Ferrand est remontée de 15 à 50 M € de chiffre d’affaires et a investi en vignes et distilleries. Elle possède depuis 3 ans un domaine de 70 ha en Borderies dont 30 de vignes, a racheté la West Indies Rum Distillery à La Barbade et a pris 30 % des parts de la National Rum of Jamaica… sans compter le rachat du manoir de Mademoiselle Henriette, l’une des dernières descendantes d’Elie Ferrand, producteur de cognac fin XIXe-début XXe qui faisait à l’époque moisson de médailles avec ses flacons. Mademoiselle a confié les dernières années de sa vie les archives familiales à Alexandre. Il en est sorti, avec la collaboration de l’historien Jacques Blanc, un livre retraçant la saga de cette branche Ferrand, et un cognac 1er cru Grande Champagne baptisé Dix Générations comme l’arbre généalogique de la famille reconstitué depuis 1630.

Faire bouger les lignes

Le maître distillateur de Bonbonnet est toujours en quête de nouveaux élevages, tentant de faire bouger les lignes du cahier des charges du Cognac pour s’ouvrir à l’innovation. « C’est en diversifiant les vieillissements et les goûts que les whiskies rencontrent un tel succès dans le monde. Il est dommage que le cognac s’en tienne au fût de chêne et rien qu’au fût de chêne neuf ou n’ayant contenu que des alcools de vin.»

Alexandre innove avec des affinages en ex-fûts de banyuls, de sauternes… tout en rappelant que c’était une pratique courante dans les années 20 du siècle dernier. Il pousse même la bonde jusqu’à des essais hors appellation en fût de châtaignier, d’acacia… quitte à perdre le mot cognac sur l’étiquette. Mais l’innovation est plus forte que lui. Il multiplie également les vieillissements avec les gins et les rhums. Les derniers en date, l’édition limitée de smoky gin Witch of the season, le rhum de Jamaïque Xaymaca special dry, un rhum Jamaïca XO maturé en fût de whiskey irlandais Teeling… sans parler des spiritueux mystérieux encore dans le secret des chais. Et 30 ans plus tard, Ferrand est l’un des cognacs les plus demandés dans les bars du monde entier, notamment pour élaborer le fameux cocktail sidecar.