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À 85 ans, la cave de Tain prend de la hauteur

(Photos F. Hermine)

Auteur

Frédérique
Hermine

Date

20.06.2018

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Le week-end dernier, la cave de Tain l’Hermitage organisait des accords mets-vins avec chefs étoilés et vue panoramique sur la colline de l’Hermitage, histoire de prendre de la hauteur pour contempler 85 ans d’histoire coopérative.

En 85 ans, la cave de Tain est devenue le premier producteur de syrah en Europe, vinifiant la moitié des appellations du Rhône septentrional. Du chemin a été parcouru dans les parcelles depuis sa création en 1933 par Gambert de Loche avec une centaine de coopérateurs du canton de Tain. Daniel Brissot avait été embauché dans les années 80, d’abord pour s’occuper de la propriété en Hermitage du président fondateur qui avait été rachetée en 1956 en viager, puis pour accompagner techniquement les vignerons et faire le lien entre la cave et ses adhérents. « Il a fallu professionnaliser la conduite du vignoble, replanter les coteaux, apprendre les vendanges vertes, augmenter surface foliaire et densité pour faire baisser les degrés… Nous y avons gagné une vraie assurance qualité et une limite des traitements, reste à chercher des solutions pour travailler les sols en coteaux non mécanisables de façon moins pénible et sans coûts de main d’œuvre trop élevés ». Daniel Brissot a mis en place une parcelle expérimentale, créé l’association Syrah R&D, des conservatoires de syrah puis de marsanne et roussanne pour faire des sélections massales. Il avait été recruté par Michel Courtial, disparu récemment et qui avait dirigé la cave de pendant 30 ans jusqu’en 1999. « Pour lui, la coopérative était une grande famille. Il a impulsé la volonté des progrès techniques pour faire des vins à qualité la plus régulière possible. Julie Campos qui lui a succédé jusqu’en 2011, a apporté, outre l’ouverture à l’international, la rigueur et l’organisation, a développé le service technique et lancé la démarche de développement durable avec une dizaine de coopératives (VDD) ». Xavier Gomart a poursuivi la politique d’innovations et d’investissements, développer l’œnotourisme, initié une politique d’ouverture à l’extérieur notamment avec des visites d’autres vignobles et incité les vignerons à être fiers de leur cave ». Et le directeur général trouve qu’il y a encore à faire pour décomplexer la coopérative. « C’était une vraie victoire quand nous avons été référencés en première classe d’Emirates et dans des beaux établissements monégasques, ou quand nous sommes invités à une soirée de prestige de la SAQ, le monopole de distribution canadien ».

Un saut qualitatif de tous les vins

Ces dernières années, la cave a beaucoup investi dans sa capacité de vinification d’abord pour être davantage réactive et rentrer la vendange à parfaite maturité. « Ce sont d’abord les blancs qui en ont profité en étant rentrés à l’heure, précise Xavier Gomart. Mais cela a permis rapidement un saut qualitatif de tous les vins, de limiter les risques à la réception des raisins, et de lisser la qualité d’un millésime à l’autre, ne serait ce que pour ne pas décevoir le client et donc pour le fidéliser ». Le travail pédologique de l’appellation Crozes-Hermitage a beaucoup aidé à travailler à la parcelle, désormais une par cuve.

Forte de plus d’un millier d’hectares (dont 27 en propriété) et 359 adhérents, la cave, présidée depuis l’automne dernier par Jacques Alloncle, a les moyens de trier les apports. Elle représente 44% des surfaces de Crozes, 21% de l’Hermitage, 11% de Cornas, 12% de Saint-Joseph et 22% de Saint-Peray. Elle produit 5,4 M de bouteilles pour un chiffre d’affaires de 25 M€, réalisés pour 17% à l’export. Elle s’est offert depuis 5 ans un ambassadeur de marque, David Quillin, qui court les restos et les soirées dans toute la France et organise une vingtaine de roadshows par an pour montrer aux invités d’un établissement les vertus de l’assemblage et des sélections parcellaires. 500 bouteilles sont désormais mises de côté dans l’œnothèque de la cave pour avoir un historique des cuvées.

Œnotourisme autour de la syrah

Côté œnotourisme, la structure Terres de Syrah propose diverses animations et formules de découvertes du vignoble (dégustations, buggys, gyropodes…), un sentier balisé d’environ 1 h dans la colline de l’Hermitage, le Duo trail de l’Hermitage lancé il y a six ans. La coopérative drômoise vient également de lancer une école de formation pour professionnels et connaisseurs avec possibilité d’obtenir le diplôme WSET niveau 2 et 3. Elle a fêté ses 85 ans en s’envoyant en l’air, sans doute pour prendre de la hauteur, offrant la possibilité de déguster la cuisine de chefs accompagnés des vins de la cave autour d’une table suspendue à 55 m de hauteur avec vue panoramique sur la colline de l’hermitage. L’occasion aussi d’animations-dégustations en musique dans la propriété rachetée l’an dernier en face de la cave et au pied de la célèbre colline pour laquelle les projets sont encore à l’étude.