(photo JM Brouard)
(photo JM Brouard)

La maison champenoise familiale vient de présenter ses cuvées « Intense » et « Blanc de blancs non millésimé » en version « mag 14 », une évolution majeure en phase avec les défis du réchauffement climatique.

« C’est une évolution et pas une révolution » se plaît à rappeler Antoine Malassagne, co-propriétaire avec sa sœur Anne de la maison AR Lenoble. Cette évolution, c’est celle d’avoir initié une réflexion nouvelle sur les vins de réserve il y a 10 ans. Les vins de réserve correspondent à une partie de chaque récolte annuelle qui est stockée et assemblée à la réserve des années précédentes. Cette réserve est ajoutée aux vins de l’année afin d’assurer une pérennité de style et de goût aux cuvées non millésimées. Fondamentaux pour l’élaboration de ces cuvées classiques, les plus nombreuses de la Champagne, ils sont le plus souvent conservés en cuves inox où ils sont totalement protégés de l’oxydation. Mais chez AR Lenoble, le style maison est dû à une fine oxydation qui provient, notamment, d’un élevage en grande partie sous bois (foudres et fûts) des vins de réserve. L’idée a donc germé en 2008 d’apporter encore plus de précision et d’élégance aux vins. Pour ce faire, il a été décidé dès 2010, d’embouteiller en magnums une partie des vins de réserve. Ceux-ci sont dotés d’un bouchon en liège agrafé permettant un échange très limité avec l’air extérieur. Mais au moment de l’embouteillage, 8g de sucres par litre et des levures sont aussi ajoutés ce qui déclenche une prise de petite mousse dans la bouteille. Le gaz carbonique assure alors un rôle protecteur contre l’oxydation qui se fait très délicatement et très lentement. Quant aux levures qui fermentent, elles sont à l’origine du développement d’arômes supplémentaires par le phénomène d’autolyse. Au final, les vins de réserve sont plus complexes mais aussi plus frais que lorsqu’ils vieillissent en foudres et en fûts.

La sacro-sainte acidité

Le lancement de deux cuvées estampillées « magnum 14 » en 2018 ne pouvait trouver meilleur timing. Cette année, les vendanges ont en effet été terminées le 3 septembre, presque un record de précocité dans la maison AR Lenoble. Les températures très élevées et l’ensoleillement ont en effet permis d’atteindre rapidement des maturités impressionnantes, avec des degrés potentiels atteignant parfois 11 degrés. Et avec eux, le risque d’observer des niveaux d’acidité très bas et, in fine, des vins patauds. Les effets du réchauffement climatique se fait donc de plus en plus sentir en Champagne. Les Malassagne ont donc été proactifs en initiant ce chamboulement dans la production de leurs vins il y a 8 ans. La dégustation leur donne raison car, tout en conservant la personnalité oxydative qui fait le style maison, les vins apparaissent plus tendus, plus francs, finalement plus délicats. Dans les années à venir, le phénomène devrait même s’accentuer car la proportion de vins de réserve élevés en magnum va passer de 12% environ aujourd’hui à plus de 20% à l’avenir. Cela ne se fait pas sans coûts. « L’investissement a été considérable », rappelle Anne, « mais nous ne voulions pas que les consommateurs en subissent les conséquences. Nous avons travaillé pour réaliser des économies tout au long de la chaîne de production afin de proposer nos cuvées nouvelle génération sans hausse de prix ». Une gageure dans un monde cornaqué par les marges. Seuls quelques éléments permettent de distinguer les nouvelles bouteilles. Un écusson « mag 14 » sur la bouteille (qui deviendra « mag 15 » lorsque le vin de base sera du millésime 2015 et ainsi de suite). Mais aussi une très élégante bague carrée au sommet du col de la bouteille. Du plus bel effet. Anne et Antoine Malassagne incarnent plus que jamais toute la modernité de la Champagne confrontée à des défis de taille. Et qui continuera à rayonner grâce à de telles initiatives.

AR Lenoble cuvée Intense « mag 14 » 29€
AR Lenoble grand cru Blanc de blancs « mag 14 » 35€