(Photo JM Brouard)
(Photo JM Brouard)

Nom incontournable du Bordelais, les Cazes ont bâti leur renommée notamment avec leur brillante propriété de Lynch-Bages à Pauillac. Mais depuis près de 20 ans, cap a également été mis au sud avec, à la clé, des vins d’une grande élégance.

Depuis le retrait de Jean-Michel qui fit tant pour les domaines familiaux, c’est son fils Jean-Charles Cazes qui est à la tête des différentes propriétés familiales. Et en dehors de Bordeaux, c’est dans le sud de la France et au Portugal que la famille a décidé d’investir dès le début des années 2000. Tout d’abord en 2002 avec l’achat de 2 propriétés voisines sur la récente (1999) et très qualitative appellation de Minervois la Livinière. Le domaine de l’Ostal est doté de 60 hectares de vignes situées au pied de la Montagne Noire. Ils donnent naissance à des vins à forte personnalité qui assument, tout en la magnifiant, leur identité sudiste. Faisant la part belle à la syrah (70% de l’assemblage), le grand vin combine puissance et un grain de tannins très élégant à l’instar du 2015 (23€). La même année, Jean-Michel Cazes s’est associé à un ami vigneron portugais, Jorge Roquette, dans la vallée du Douro, pays de son épouse. Jorge avait alors déjà initié la marche vers la reconnaissance des grands vins non mutés produits dans la région à une époque où seul le Porto avait droit de cité ou presque. Un positionnement qui plut à Jean-Michel Cazes, convaincu du potentiel extraordinaire de ces collines abruptes plongeant dans le fleuve. Ainsi naissait la structure « Roquette & Cazes » du nom des 2 familles propriétaires. La première cuvée, « Xisto » (rappelant les sols de schiste locaux) est une ode aux merveilleux cépages autochtones que sont le touriga nacional, le touriga franca et le tinta roriz. Le vin est très précis, puissamment fruité dès l’attaque mais sans jamais tomber dans la lourdeur. Le velouté de tannins est magnifique et l’acidité intégrée, offrant un bel équilibre à l’ensemble. Le millésime 2012 (65€) exhale des notes de fruits noirs très pures, matinées de café. Plus abordable, l’autre cuvée du domaine, le « Roquette & Cazes » représente pour sa part une très bonne introduction aux vins de la région. Le 2011 (23€) happe littéralement le nez par son intensité fruitée qui ne se dément pas jusqu’en finale.

Une constante, l’élégance

Quelques années plus tard, en 2006, c’est dans une autre appellation prestigieuse que les Cazes vont jeter leur dévolu. Chateauneuf-du-pape et son fantastique terroir de galets roulés omniprésent sur le domaine des Sénéchaux, très ancienne propriété de la région. Sur le plateau très qualitatif, le grenache noir trouve un parfait terrain de jeu pour exprimer toute sa magie. Cépage majoritaire de la cuvée de rouge du domaine, il est évidemment assemblé à d’autres dans la pure tradition locale. Syrah et mourvèdre viennent ainsi l’épauler pour donner naissance à des vins d’une très grande aristocratie. S’il ne fallait retenir qu’un millésime, ce serait assurément le 2016 (40€) aux tannins particulièrement onctueux. Le vin est sphérique, crémeux. Sa puissance indéniable est comme cintrée par cette matière admirable. Sans surprise, et bien que parfaitement accessible dès à présent, son potentiel de garde est très grand. Les amateurs patients auront plaisir à le redécouvrir dans 10 ou 15 ans lorsque les premières notes d’évolution feront leur apparition. Le 2007 (40€) en témoigne, évoquant tour à tour les sous-bois, quelques pointes lardées et fumées. Du côté des blancs, le plaisir est tout aussi grand. Le 2013 (38€) impressionne par sa très grande fraîcheur et son intensité aromatique. Un bel exemple de la grandeur des vins blancs de l’appellation qui, malheureusement, sont produits en quantité limitée.