(Photos P. Gonnet)
(Photos P. Gonnet)

C’est le jour J ! Les Beaujolais Nouveaux fêtent ce soir leur première sortie dans le grand monde, et les prétendants sont nombreux, en appellation Beaujolais comme en appellation Beaujolais Villages.

2018 confirme son statut de millésime exceptionnel. Quantité et qualité ont été au rendez-vous, les raisins ont parfaitement mûri, avec un état sanitaire global excellent, et l’année s’est déroulée sans incidents climatiques.
Rappelons, à quelques heures de l’ouverture de ce bal des débutants, que même si les jeunes sont issus d’une noble extraction cette année, leur éducation n’en a pas moins été délicate, et les vignerons ont dû faire preuve d’une vigilance de tous les instants pour les élever correctement et en tirer le meilleur parti.

A grand potentiel, grand challenge : Fabien Chasselay, du domaine Jean-Gilles Chasselay, précise que « si les raisins étaient nombreux et d’une superbe qualité, les vendanges et les vinifications n’ont pas été faciles pour autant. Les vendanges ont été effectuées sous un climat chaud, avec des températures diurnes flirtant avec les 30 degrés. Acidités plutôt basses et taux de sucre élevés tranchent avec le profil habituel des récoltes septentrionales, et nous avons dû faire particulièrement attention lors de toutes les étapes de vinification, afin d’éviter le développement de bactéries et levures indésirables, d’autant que nous travaillons uniquement avec les levures indigènes, et n’utilisons pas de techniques autre que la température et un très léger sulfitage en cas d’extrême nécessité pour corriger d’éventuelles déviances naissantes ». Observation quotidienne de chaque cuve au microscope, réaction immédiate en cas de problème : vinifier un Beaujolais Nouveau est aussi exigeant que de prendre soin d’un nouveau-né.

Défi réussi pour Fabien et sa sœur Claire, et pour beaucoup d’autres en Beaujolais.
Nous avons dégusté 122 cuvées (65 en Beaujolais, et 57 en Beaujolais Villages), voici notre sélection pour le millésime 2018 :

AOP Beaujolais
Domaine Pierre Marie Chermette, cuvée « Griottes » : fruité et minéralité se conjuguent dans cette cuvée équilibrée, droite et précise : très agréable.
Domaine des Nugues, Gilles Gelin, Cuvée sans soufre : croquant, sur le fruit, porté par une belle tension : un sans-faute pour cette cuvée 100% plaisir à 7,40€.
Brossette et Fils, Cuvée « Empreinte » : cuvée très aromatique, où le fruit s’exprime pleinement mais également la minéralité et les épices, tanins fins et tension élégante: jolie réussite (6€)
Domaine JG Chasselay, « La Marduette » : floral et minéral, la finesse de l’attaque est complétée par une belle fraîcheur en milieu de bouche : équilibre et plaisir pour cette très jolie cuvée (9€).

AOP Beaujolais Villages
Domaine des Combiers, Laurent Savoye : fruit vibrant et croquant, porté par une structure fine et tendue qui révèle les épices en finale : très joli (5,30 €)
Domaine des Ronze : un nez complexe, où le fruité s’entremêle avec un bouquet floral d’une grande finesse, relayés par une belle minéralité, et où la bouche se fait d’abord douce puis s’égaie sur des fruits rouges acidulés.
Domaine Nicolas Boudeau : la cuvée typique de ce que l’on attend d’un bon beaujolais nouveau : fruité, croquant, « glouglou », avec de la matière en prime (6,50€).
Domaine du Clos du fief, Michel et Sylvain Tête : de jolis fruits rouges mènent la danse, sur une structure droite, fine et élégante : belle démonstration d’équilibre (7,80 €)
Domaine Béroujon : l’une des cuvées d’ores et déjà agréable, mais qui le sera encore plus dans quelques mois. Des tanins présents mais encore jeunes, de belles notes épicées accompagnées de subtiles notes florales, le tout s’épanouissant dans une jolie longueur (5 €)
Cave de Clochemerle : petits fruits rouges délicats et jolies notes florales, doté de tanins digestes : cette cuvée s’apprécie maintenant (6,60 €)

Les jolies cuvées ne manquent donc pas du côté des deux appellations, avec une différence tout de même sur ce millésime quant à la « matière », plus présente et plus charnue globalement sur les Beaujolais Villages. Des cuvées peut-être à boire davantage dès maintenant pour les Beaujolais quand certaines issues des Villages seront à conserver, ce qui rejoint le conseil de Louis-Clément David-Beaupère, du domaine éponyme, à Juliénas : « acheter un vin primeur, c’est comme acheter une prime d’assurance. Tu l’achètes bon maintenant, et il sera encore meilleur au printemps suivant. Donc tu te prends une sécurité avec les Nouveaux, tu te les mets de côté, et tu te fais encore plus plaisir avec plus tard ».

Qui plus est sur un millésime aussi flatteur et qualitatif que 2018 !