En ce jour de Beaujolais nouveau, faisons escale dans cette belle région où le gamay pousse avec entrain, qui est à l’honneur dans notre escapade du n°32 de « Terre de Vins » (actuellement en kiosques). Morceaux choisis.

Qui connaît vraiment le Beaujolais ? Qui sait combien l’appellation possède de trésors touristiques, de richesses culturelles, de superbes décors naturels ? Combien de vacanciers en chemin vers le sud, entassés au péage de Villefranche-sur-Saône sur l’A6, regardent les Monts du Beaujolais sans les voir ? Trop obnubilés par le but final à atteindre au plus vite. Le Beaujolais, pays d’accueil, on peut y faire étape, y passer quelques jours, voire l’entièreté de ses congés. Il y a de quoi faire ! Châteaux, villages, jardins, bonnes tables, artisans, excursions… il y en a à foison. Qu’on y loge au sud, au nord ou au centre, rien n’est loin. La route des vins, elle prend le relais de la bourguignonne au sud de Mâcon, descend en 140 km aux portes de Lyon. Traverser le Beaujolais, ses dix crus, ses pierres dorées, c’est s’en mettre plein les yeux, s’offrir quelques moments de bonheurs gustatifs, culturels ou sportifs. Pas moins de 150 châteaux ponctuent vignes et collines comme autant de relais culturels et historiques. Ajoutons-lui l’accueil beaujolais toujours chaleureux, toujours enthousiaste et il sera dit que la région vaudra plus qu’un détour, que ce soit pour vos prochains week-ends ou vos prochaines grandes vacances.

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Domaine Chasselay – le vin au naturel
« Mon père déjà vinifiait sans soufre, c’est pas neuf chez nous, il faut de l’hygiène, le jet d’eau est le principal outil de la vinif’… le raisin est fragile, il lui faut de la propreté », raconte en préambule Fabien Chasselay. Peu de futaille, ici, on n’aime guère le bois : « ce que j’aime, c’est le vin qui se boit, j’ai du mal avec les styles pommadés par la barrique. Notre appellation a changé, nos vins sont plus généreux qu’avant, ça va nous remonter l’image, le gamay, c’est formidable. Certes sensible et capricieux, il ne supporte pas la médiocrité, il faut l’aimer et le chouchouter » explique Fabien. Depuis 2007, Fabien et sa sœur Claire ont ouvert chambres et table d’hôte : la culture du vin, c’est manger avec ». S’il nous faut opter pour la cuvée la plus représentative des Chasselay, Les Grands Eparcieux 2013 AOC Beaujolais parlent le mieux de ce mélange entre la gourmandise, la générosité et la rigueur. Équilibre particulier qui nous font aimer dès la première gorgée ce gamay parfumé d’iris et de violette, coloré de griotte et de groseille, souligné de réglisse et avouant une fraîcheur croquante à se damner. (5, 80 €)
Domaine Chasselay, 69380 Châtillon d’Azergues, 04 78 47 93 73 ou www.domaine-chasselay.com

Beaujolais-septembre2014

Château de la Chaize – raffinement et architecture
Au pied du Mont Brouilly, à la sortie d’Odenas, lové dans son écrin de vignes, le Château de la Chaize offre sa géométrie raffinée. Le grand bâtiment cache sous lui un immense chai d’élevage. Long de 108 mètres, il abrite une succession de foudres de 40 à 100 hectolitres. Le brouilly y passe moins d’une année avant sa mise en bouteille. Quant à la cuvée Vieilles Vignes, elle s’élève en pièces bourguignonnes. Autant le premier, Brouilly Château de la Chaize 2012 (Tradition 10, 50 €) plaît d’emblée par la saveur de son fruit, autant le Brouilly Cuvée Vieilles Vignes 2012 (15 €) offre une certaine retenue, mélange de noblesse et de rigueur, auquel s’ajoute la promesse d’une réelle aptitude au vieillissement. Entretemps, on peut déjà en apprécier le dessin fruité, le bouquet floral, la bouche élégante aux notes confites, la fraîcheur douce aux épices tempérées. La texture ligneuse de la trame du vin rappelle son élevage, sans toutefois avoir le goût du bois, et renforce l’architecture de cette cuvée à l’âme bien née.
Château de La Chaize, 69460 Odenas, 04 74 03 41 05 ou www.chateaudelachaize.com

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Domaine de la Longère – tiens, du blanc !
Le Domaine de la Longère fait un peu exception dans le paysage vinicole beaujolais, Jean-Luc Longère élabore 20 % de beaujolais blanc et un peu plus de rosé. Le rosé croque les fruits rouges boostés par la vivacité. Quant aux blancs, deux cuvées en Beaujolais et Beaujolais Villages, elles subliment le chardonnay qui les compose. Beaujolais blanc 2012 (5, 35 €) floral aux accents de miel d’acacia, il séduit par le croquant des fruits blancs, son parfum légèrement anisé et le soupçon de poivre en finale. Le même en 2011 (5, 35 €) brille comme un soleil dans le verre, l’année supplémentaire lui accorde un étonnant nez de chocolat blanc, saveur retrouvée en bouche qui s’accorde avec grâce au citron confit, à la poire douce et à la subtile pêche blanche. Le Beaujolais Villages Les Verchères 2012 (8 €) est plus construit, plus dense et certes moins enclin à se livrer aujourd’hui. Issu de vignes de plus de 30 ans, il aime se faire désirer une poignée d’années.
Domaine Jean-Luc Longère, Le Duchamp au Perréon 69460, 04 74 03 27 63

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Les Desvignes – l’esprit de famille
Atmosphère réservée d’une cave vigneronne au milieu du village, les climats sont là, patients, alignés sur la table, ils représentent 10 ha de Morgon. Louis-Benoît et sa soeur Claude-Emmanuelle, la 8ème génération des Desvignes, servent La Voûte St Vincent 2012 (13, 50 €), assemblage de parcelles aux abords de Chiroubles et de Fleurie, un Morgon léger et vif dominé par la cerise rouge et l’écorce de citron. Sur Javernières 2012 (15, 50 €), les tanins offrent une texture lisse, le minéral par contre apporte un relief bien perceptible sur la langue, griotte, amande, les vignes ont 50 ans. Côte de Py 2011 (14 €) sent la cerise noire avec un rien de musc, ample et costaud en bouche, une élégance racée qui se traduit par une certaine réserve, le fruit se donne petit à petit. Javernières Les Impénitents 2011 (19€), ou 70 ares de vignes de plus de 100 ans, leurs raisins macèrent 3 semaines aux alentours de 24°C, l’extraction est recherchée : la griffe minérale est plus importante et semble lacérer les papilles pour y incruster mûres, cerises, réglisse et cardamome.
Domaine Louis-Claude Desvignes 135 rue de la Voûte – 69910 Villié-Morgon, 04 74 04 23 35 www.louis-claude-desvignes.com

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Clos de la Haute-Combe – tout au nord, à Juliénas
En remontant plein nord, presque au bout du Beaujolais, apparaît le lieu-dit de Haute-Combe. Vincent Audras y cultive ses 15 hectares. Son crédo, garder le côté typique des beaujolais grâce à une vinification des plus traditionnelles. Le domaine emploie peu de soufre, sans revendiquer cependant le « vin nature ». Juliénas 2011 (8, 50 €) à la robe sombre carmin violacé plaît par son nez épicé de menthol, de poivre et de cannelle. Les tanins accrocheurs de la bouche se parfument de fruits rouges, la groseille en tête, suivi de griotte et de fraise parée d’un pétale de rose. Juliénas Prestige 2010 (10 €) issu de vieilles vignes de 50 ans offre un curieux nez d’aromates, certes dû à la bonne maturité des gamays. Ce qui le rend un peu sudiste avec ses parfums d’anis vert, d’olive noire, de poivre et de feuille de tomate. Le fruité vient après quelques instants, coulé dans une masse tannique un rien rustique qui lui donne du caractère.
Clos de la Haute-Combe 69840 Juliénas, 04 74 04 41 09 ou www.closdehautecombe.fr

Textes Marc Vanhellemont – Photos Emmanuel Perrin.

Portraits et bonnes adresses à retrouver en intégralité dans « Terre de Vins » n°32, actuellement en kiosques.

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