Kirchberg de Barr (Haut-Rhin),  un des 3 premiers terroirs qui revendiquerait le pinot noir dans son encépagement.
Kirchberg de Barr (Haut-Rhin), un des 3 premiers terroirs qui revendiquerait le pinot noir dans son encépagement.

Les grands crus d’Alsace se définissent bien sûr par leur terroir. Mais curieusement aussi par leur encépagement, limité aux cépages « nobles » et blancs. Aucun vin rouge n’a pour l’instant le droit d’indiquer son origine « grand cru ». La situation pourrait changer.

Lors de la première définition de l’appellation Alsace Grand Cru en 1975, il n’est pas vraiment étonnant que le pinot noir ait été écarté car à cette époque, les vins rouges d’Alsace n’avaient en fait de rouge que le nom – et parfois un peu le tanin. Il se trouve que depuis, la situation a évolué : il y a désormais dans toute l’Alsace de vrais vins rouges. De grands pinots noirs bien colorés à la forte personnalité, dont les parfums, la finesse, la texture et la longueur peuvent rivaliser avec leurs cousins de Côte d’Or.

Comment un tel changement s’est il opéré ? Les vignerons répondent depuis des années en cœur : rendement, rendement et toujours rendement, car le pinot noir ne donne rien de grand si on lui laisse produire 50 hl/ha et plus. Ceux qui élaborent avec succès du pinot noir sur des terroirs classés Grand Cru ont d’ailleurs trouvé une façon d’indiquer au consommateur d’où vient le vin. Chez deux des meilleurs défenseurs du pinot noir en grand cru, la famille Muré à Rouffach et le domaine Albert Mann des frères Barthelmé à Wettolsheim, les cuvées s’accompagnent tout simplement d’une initiale, V pour Vorbourg, P pour Pfersigberg, H pour Hengst. Des cuvées recherchées pour leur complexité, qui se vendent très bien au tarif grand cru.

Lors de sa dernière assemblée générale, l’AVA, Association des viticulteurs d’Alsace, a décidé de déposer cet hiver à l’INAO, Institut national de l’origine et de la qualité, un dossier de modification des cahiers des charges de trois grands crus, Vorbourg à Rouffach, Hengst à Wintzenheim et Kirchberg à Barr afin d’y autoriser le cépage pinot noir. C’est René Muré à Pfaffenheim, commune particulièrement chaude au sud-ouest de Colmar, qui avait initié le projet il y a vingt ans. Un dossier avait déjà été soumis au début des années 2000 : la qualité des vins avait été reconnue sur son grand cru Vorbourg et sur le Furstentum de Kaysersberg mais les surfaces concernées n’avaient pas été jugées suffisantes. Dans les années qui viennent, volume et qualité devraient jouer en faveur des trois prétendants.

Pinot noir (Photo I.Bachelard)