Il y a quelques jours, les œnologues-consultants du laboratoire bordelais ENOSENS invitaient les professionnels du vin à La Grande Poste (Bordeaux), pour découvrir en mots et dans le verre le millésime naissant.

Il aura éprouvé les nerfs des vignerons de bout en bout, avec ses conditions climatiques extrêmes. Né sous tension, le millésime 2018 s’annonce finalement à l’heure des vinifications comme « inédit, de très belle qualité, avec une maturité parfaite pour tous les cépages, et des vins alliant concentration, rondeur et équilibre, qui raviront les consommateurs et inscrivent assurément 2018 parmi les grands millésimes du XXIe siècle. » Pour s’en convaincre, les professionnels du vin conviés à la dégustation organisée par le laboratoire ENOSENS, qu’ils soient courtiers, négociants ou journalistes, ont pu déguster un panel de 40 échantillons issus de 14 appellations bordelaises. Ces vins ont été sélectionnés avec soin par les œnologues du laboratoire pour représenter au plus près la diversité et les niveaux de qualité variés que propose Bordeaux.

Pour mémoire, en ce millésime 2018, le vignoble a dû endurer une période de pluie d’une exceptionnelle longueur, de novembre à juillet (plus d’une année de pluie tombée en six mois et demi), ayant engendré par endroits une forte pression phytosanitaire, notamment de mildiou. La situation s’est ensuite radicalement inversée avec un été très chaud et ensoleillé, voire caniculaire. A l’approche des vendanges, cette belle conjoncture s’est poursuivie, avec de faibles précipitations qui ont permis de vendanger sans urgence, à la carte, et un contraste entre les journées chaudes et les nuits fraîches favorable à la concentration aromatique et phénolique. Seul point noir, des épisodes de grêle localisés et fulgurants ayant malheureusement causé çà et là d’importantes pertes de récolte.

2018, l’étoffe des grands partout, dans toutes les couleurs

Hormis le cas des vignobles grêlés, le millésime 2018 s’annonce d’une rare homogénéité sur l’ensemble des appellations bordelaises. Débutées le 20 août pour les crémants, les vendanges se sont poursuivies avec les blancs secs à partir du 27 août, un peu plus précocement que les autres années. En blanc, 2018 est un « millésime à la très belle expression aromatique, les vins sont mûrs, avec un fruit extraordinaire, mais parfois un peu chaleureux », explique l’œnologue Fabien Faget. « Caractérisés par des notes de fruits exotiques (ananas, mangue, fruit de la passion…) et de fruits blancs, ils offrent en bouche un équilibre remarquable entre la rondeur, l’ampleur et la fraîcheur » complète l’œnologue Marilyne Bouix.

En rouge, les vendanges, commencées avec les merlots autour de la mi-septembre, se sont généralisées autour du 20-22 septembre et achevées globalement autour du 5 octobre. Les terrains avec de l’argile et/ou du calcaire tirent leur épingle du jeu, eux qui se sont gorgés d’eau à la période humide pour la redistribuer lors de la sécheresse estivale. En ce millésime 2018, les baies plutôt petites mais aux peaux épaisses et mûres ont libéré une impressionnante couleur. Autre fait marquant de ce 2018, car rare : grâce au beau temps dès la fin juillet, une belle maturité des pépins, très bruns, presque noirs, qui amènent lors de l’extraction, des tanins ronds, garants d’une matière longue et fraîche. Les rosés 2018 sont « charmeurs et gourmands au nez, sur le bonbon anglais, la fraise et la banane Tagada, acidulés, avec un bel équilibre entre ampleur et fraîcheur en bouche. » En rouge, à condition de ne pas avoir exagéré l’extraction, le rendu est soyeux. Les vins « plaisir » d’entrée de gamme sont « très élégants sur les petits fruits rouges et noirs (cassis, groseille, framboise) et affichent en bouche un mélange de fraîcheur et de rondeur. » Les rouges « premium » offrent au nez « une belle complexité sur les arômes de petits fruits rouges et noirs (cassis, groseille, framboise, myrtille, mûre, cerise) et des touches de réglisse. Les rouges « ultra premium », marqués par la même parenté d’arômes au nez, offrent, en plus de la rondeur et de l’ampleur des « premium » une spectaculaire fraîcheur en bouche, et une belle longueur. Très élégants, ils « donnent envie d’y revenir » d’après Marilyne Bouix.

Du côté des blancs liquoreux, la botrytisation s’est fait désirer, assez tardive du fait du temps chaud et sec, mais s’est accélérée avec la survenue des pluies mi-octobre. 2018 séduit par ses arômes d’agrumes (citron, orange), de fruits à noyaux (abricot) et exotiques (fruit de la passion), et ses touches de fruits confits. En bouche, « ils présentent les traits des grandes années de liquoreux avec de jolis équilibres, entre concentration, volume, finesse, netteté aromatique et longueur, le tout, sans aucune lourdeur. »

Pour ne rien gâcher, si la qualité est au rendez-vous, la quantité l’est aussi, avec « un volume proche de la moyenne décennale », comme l’expliquait en conférence de presse à Bordeaux mi-octobre le président du CIVB Allan Sichel. Prochain rendez-vous pour jauger la qualité du 2018 : les primeurs, début avril 2019, lors desquels toute la planète mondiale vin converge à Bordeaux.