De gauche à droite, Maylis de Laborderie, Jean-Luc Zell et Mélissa Avril (photos : JB Nadeau)
De gauche à droite, Maylis de Laborderie, Jean-Luc Zell et Mélissa Avril (photos : JB Nadeau)

Avec une cinquantaine de propriétés, le Médoc était bien représenté dans les allées de ce Bordeaux Tasting 2018. Petite balade en trois étapes haut-médocaines pour humer l’air du temps et quelques préoccupations.

Chez Château La Lagune, en B7, malgré une année 2018 difficile marquée notamment par la grêle, la cadence ne faiblit pas. La certification AB à peine obtenue (pour le millésime 2016), le 3e Grand Cru Classé de Bordeaux, propriété de Caroline Frey, regarde désormais vers la certification en biodynamie, dont il suit déjà de nombreuses pratiques depuis plusieurs années. Une démarche des plus logiques et qui avance à grands pas, à écouter Maylis de Laborderie, maître de chai à La Lagune : « La biodynamie n’est pas qu’un essai pour nous, nous visons une certification et nous nous équipons en conséquence, avec déjà l’achat de cuves en cuivre et de tisanières. Nous travaillons aussi sur la formation et la sensibilisation de nos équipes. » Le bio, LE grand sujet qui revient le plus souvent d’un stand à l’autre…

L’œnotourisme aussi s’est imposé comme une problématique (ou plutôt une solution) majeure parmi nos amis bordelais et médocains. Confirmation au détour du stand G18, avec le Château d’Agassac, représenté par son gérant, Jean-Luc Zell. Sans se considérer pour autant comme un précurseur en la matière, Agassac a très tôt pris le virage de l’œnotourisme, en 2003, d’abord pour des séminaires puis avec son restaurant (actuellement en travaux) et ses visites. Aujourd’hui, Jean-Luc Zell ne cache pas sa satisfaction : « C’est un vrai levier de notoriété, ça nous permet d’exister en dehors des classements ou des notes. Avec 20 000 personnes accueillies dans l’année, c’est désormais dans notre ADN. Le modèle reste à peaufiner, on construit brique par brique, mais une chose est sûre : on a bien fait de parier sur l’œnotourisme. Notre grand atout, c’est notre château de contes de fées, dans lequel les jeunes filles veulent se marier. Les hommes eux préfèrent se marier dans un grand cru… Mais ce sont les femmes qui décident. » Du bon usage du pragmatisme.

Dernière étape en E3 chez Château Camensac, où nous accueille Mélissa Avril, responsable œnotourisme. Elle nous confirme ce surplus de notoriété qu’offre l’accueil du public. L’œnotourisme chez Camensac ne date que de 2016, mais Mélissa Avril entend bien accélérer son développement et participer à la dynamisation du Médoc. En attendant, les gros chantiers de Camensac, ce sont le rafraîchissement de ses installations (nouveau cuvier et nouveau laboratoire pour le maître de chai) et… les futurs essais de biodynamie (tiens donc). « Nous observons déjà un grand nombre de pratiques bio et souhaitons tendre vers la biodynamie pour 7 de nos 75 hectares. Nous ne recherchons pas la certification, mais voulons plutôt piocher parmi les différentes méthodes pour trouver le meilleur compromis. La question du cuivre (dont l’usage vient d’être limité par Bruxelles), prouve qu’on ne peut pas s’enfermer dans des labels clivants. On ne peut pas se passer totalement de traitements. »

En plaçant biodynamie et/ou œnotourisme sur les lèvres de celles et ceux qui l’animent, le vignoble médocain prouve bien qu’il ne se repose pas sur ses lauriers et qu’il est définitivement rentré dans le XXIème siècle.