Delphine dans ce grand jardin familial, le clos d’Oger qui l’a vue grandir et parfois faire le mur…
Delphine dans ce grand jardin familial, le clos d’Oger qui l’a vue grandir et parfois faire le mur…

Sans bling-bling et sans fièvre spéculative, le clos Cazals continue d’enchanter. Ses deux blancs de blancs grand cru sont grands et Delphine, en toute simplicité, veille aux grains.

Oger, Côte des Blancs dans la Marne. Quelle sérénité, quelle vue et quels raisins dans ce Clos Cazals ! 3,70 ha de chardonnays bienheureux, encore épargnés par le gel de printemps dont on mesure l’étendue durant cette vendange (20 à 25% de bourgeons détruits sur l’ensemble de la Champagne). Un très court épisode de grêle a certes frappé dans la nuit du 31 juillet au 1er août, mais sans gravité. Sur ce terroir crayeux, les raisins sont beaux, l’optimisme est là, distillé par une pétillante et très simple Delphine Cazals. Qui raconte l‘aventure familiale, en flânant dans le parc à l’anglaise fleuri et ceint de vignes. Émotion et reconnaissance en évoquant son père Claude, vigneron-inventeur disparu en 1996, qui planta les premiers ceps du clos en 1957 et breveta le premier gyropalette manuel pour 504 bouteilles. Le souffle des aînés court toujours dans les rangs, entre dans la petite chapelle, ne quitte pas la maison familiale qui appartenait à Léon Bourgeois, député et ministre, père de la Société des Nations, prix Nobel de la paix.

Ci-dessous : Vendange 2017 réduite mais les chardonnays triés sont splendides, une fois encore. (Photo Alexandre Verguet)

La Chapelle porte entrouverte…

Membre de la petite famille des 21 clos champenois, le clos d’Oger resplendit en dégustation. Élevés en fûts de chêne pour 8 à 10 %, complexes, matures, amples, frais, sur la minéralité crayeuse et de longue garde, les vins se montrent éclatants et complices gastronomiques. En vente actuellement (68,80 €) le Clos Cazals 2005 extra brut brille dans sa robe aux reflets or. Lentement, patiemment, les arômes s’ouvrent, interpellent, épatent (brioche, citronnelle, cumin, pain d’épices, agrumes mûrs, zeste d’orange…) avec ces salinité, minéralité et persistance des grands blancs de blancs. Au top sur un foie gras poêlé et confiture de figues, un colombo de poulet ou un comté affiné 36 mois.

Ci-dessous : le vigneron Claude Cazals (au premier plan) était aussi inventeur.

Parce que cette complexité n’est pas toujours souhaitée ou accessible à tous, parce que son prix peut constituer un frein, Delphine a créé la cuvée La Chapelle du Clos, qui restitue des raisins plus jeunes, plantés au pied du petit édifice religieux. Une petite porte entrouverte sur le Clos Cazals, très apéritive découverte, comme le démontre le millésime 2011. Solide fraîcheur (pâte de citron), délicatesse et minéralité, nuances fruitées et florales qui enveloppent et charment (41,80 €).

Ces deux champagnes peu dosés doivent s’apprivoiser. Il faut prendre son temps et les bichonner (service à 11-12 °C, grand verre). Il faut aussi s’intéresser à leur histoire, que Delphine partage avec sensibilité. Et quand la vigneronne dégorge à la volée une bouteille sortie de cave et que Michèle, sa maman âgée de 83 ans, reconnaît d’emblée le magnifique Clos 1990 à l’aveugle, on admire. Et l’on comprend combien mémoire et transmission restent deux valeurs fortes chez les Cazals.

Ci-dessous : Les bulles du clos sont le fleuron du champagne Claude Cazals, qui propose 6 autres cuvées (à partir de 17,90 € le brut Carte Blanche).