Deux amis, respectivement œnologue et juriste spécialisée en vin, ont créé « Les Chais du Port de la Lune », un chai de vinification et d’élevage dans le centre-ville de Bordeaux. Leur première micro-cuvée rouge est disponible.

Ils sont jeunes, ils sont deux, ils sont amis, et ils ont décidé de se lancer dans une aventure un peu folle. Laurent Bordes, 33 ans, œnologue-consultant technique à Bordeaux et Annica Landais-Haapa 35 ans, juriste d’origine finlandaise spécialisée dans le secteur viticole, ont mis en bouteille fin juin leur premier millésime rouge, baptisé « Prélude » 2017 des Chais du Port de la Lune. L’originalité de cette micro-cuvée sortie à 2 000 bouteilles en Vin de France ? Un assemblage bio atypique de cabernet sauvignon de Côtes de Blaye, syrah de Corbières et merlot de Bergerac, entièrement confectionné au cœur de Bordeaux de façon artisanale, de la vinification à la mise en bouteille.

« Ça faisait des années que je voulais faire mon vin, et je voyais très bien qu’en France, acheter une propriété était très compliqué » raconte Laurent Bordes. Inspiré par ses expériences professionnelles en Californie et Nouvelle-Zélande, où « l’achat de raisins est très facile et le vin de garage haut-de-gamme courant », l’idée germe dans son esprit. Et grandit, grandit… jusqu’à ce que, de retour à Bordeaux, il se lance. Durant quatre ans, parallèlement à son activité de consultant, il enchaîne les expérimentations sur des micro-cuvées dans son appartement puis son garage de façon confidentielle. « A force de faire goûter mon vin aux amis, restaurateurs, commerçants locaux, ils trouvaient ça très bon et avaient envie d’en acheter » raconte-t-il. Conforté par ces retours enthousiastes, l’œnologue décide de créer une société pour commercialiser son vin. Il demande alors conseil à son amie Annica pour la partie juridique. « En deux semaines, au lieu de me donner des conseils, elle m’a dit : je veux m’associer avec toi ! » C’est le « clap » de départ de l’aventure des Chais du Port de La Lune.

Le respect pour maître-mot

Micro-cuvée mais grande envie et ligne directrice bien établie, les deux amis savent ce qu’ils veulent et ne veulent pas. « On n’a pas l’ambition de faire des styles bordelais ni se positionner comme un concurrent des vins de Bordeaux, alors que 8 000 châteaux autour le font très bien. On ne fera que des micro-cuvées avec des assemblages qui sortent du commun » explique Laurent Bordes. Le tout, doublé d’une préoccupation éthique, de la terre aux relations d’affaires. « On veut des vins avec peu ou pas d’intrants, à part un peu de sulfites », et ce grâce à un casting de « vignerons jeunes et dynamiques en bio, biodynamie, ou conversion. »

Impliqués à chaque étape de la vie du raisin, les deux associés se donnent les moyens de leurs ambitions, n’hésitant pas à mettre la main à la pâte. « Je vais voir les vignerons plusieurs fois dans l’année, je suis la parcelle de près, assure Laurent Bordes. On va vendanger à la main sur les domaines et on ramène nous-même notre raisin à Bordeaux. » Mais au-delà d’un simple achat de matière première, c’est un partenariat gagnant-gagnant à long terme qu’ils entendent tisser. « On travaille comme du commerce équitable. On achète cher le raisin pour que les vignerons continuent à augmenter la qualité et que le vin soit meilleur. Je vais aussi m’engager à présenter leurs vins par le biais de notre projet pour les aider à se faire connaître. Nos valeurs sont de créer une collaboration et un collectif. »

Vers la Lune et au-delà

Une fois les raisins rapatriés à Bordeaux, cap sur la vinification. « Prélude 2017 » a été intégralement créée dans le garage de Laurent, qui s’est déclaré comme négociant aux Chartrons. Vinification séparée de chaque cépage, huit mois d’élevage en barriques, mise-en-bouteille et étiquetage manuel, « Prélude est du sur-mesure, de la haute-couture » expose l’œnologue. Tout en conservant cet esprit artisanal qui leur est cher, à partir de ce millésime 2018, les deux associés changent de cadre de travail. Ils déplacent leur production cité Claveau à Bacalan, en collaboration avec le bailleur social Aquitanis qui rénove actuellement le quartier. Trente barriques et le stockage bouteilles ont pris place dans un ancien blockhaus, aux côtés d’une quinzaine d’autres entreprises membres d’une association d’agriculture urbaine. Non loin de loin de là, cinq cuves en inox de 30 hL sont abritées dans un garage. Avec ce chai urbain, le duo espère bien « dépoussiérer le monde du vin pour les jeunes citadins qui veulent bien manger et bien boire, mais ne sont jamais allés visiter un château. On veut inciter les gens à venir nous rendre visite aux Chais du Port de la Lune d’un coup de vélo en centre-ville. »

Prélude et continuation

Après cette première année, les deux associés ne sont pas en manque d’idées, toujours avec l’envie de continuer à essayer, sans limite ni barrière, au gré de leurs envies. « Je voudrais tester des assemblages avec des cépages qui ne sont jamais assemblés ensemble, assembler du blanc et du rouge, faire du pétillant rouge… casser les codes de ce qu’on peut connaître à Bordeaux, tout en faisant des bonnes choses pour que les gens se fassent plaisir » affirme Laurent Bordes. Et de prévenir, enthousiaste : « chaque année, selon les envies et rencontres… tout est possible ! » Dans le viseur également, il ambitionne de passer de 2 000 à 10 000 bouteilles, avec cinq vignerons partenaires sur ce millésime 2018.
En attendant les surprises de 2018, « Prélude » 2017 est à découvrir au tarif de 15 € TTC directement aux Chais du Port de la Lune (visites sur demande, 31 bis rue Barillet Deschamps, cité Claveau, Bordeaux), ainsi que chez des cavistes et bars à vins bordelais (Le Flacon, Soif, Clos des Millésimes) et biarrot (Le Wine Shop).

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