La maison de champagne Leclerc Briant présentait, ce lundi 19 mai chez Les Salles, à Paris, sa nouvelle et sobre identité visuelle ainsi que l’ensemble de sa gamme aux dosages allégés lors du dégorgement.

Issu d’une famille de vignerons d’Aÿ, Lucien Leclerc crée à Cumières en 1872 le domaine Leclerc qui devient maison, en 1955, lorsqu’elle s’installe à Epernay avec un vignoble classé essentiellement en premier cru (Hautvilliers, Bisseuil, Mareuil sur Aÿ, Rilly la Montagne).

Rachetée en 2012 par Marc Nunnely, directeur du fond de pension Bain Capital fondé par Mitt Romney (le candidat des Républicains aux dernières élections américaines), et sa femme, tous deux amoureux des vins ainsi que du « way of life » à la française, la maison Leclerc Briant est conduite en bio depuis les années… 1960.

Louis-Bertrand Leclerc, « paysan éclairé », réalisa ses premiers essais en agriculture biologique dès 1964 avec des vinifications par lieux-dits, une cuvée brut zéro, en 1970, pour le marché suisse, et de premiers essais en biodynamie, dès 1990, sur 50 ares.

Aujourd’hui, les 8 hectares que compte le domaine en propre sont exploités selon ce principe et les 15 hectares des « livreurs » de la maison le sont tous en bio et/ou en biodynamie. Aussi, quand Frédéric Zeimett, passé précédemment chez Moët & Chandon, Pommery, Chapoutier, Alliance Loire et Ackerman, se voit confier la direction de la maison, il y a tout juste un an, il hérite du calendrier lunaire par la même occasion. Mais heureusement, ce n’est pas la première fois qu’il conduit une maison sous le signe de la biodynamie puisqu’il retrouve les principes de Goethe, repris par Steiner, qu’il avait déjà côtoyés chez Chapoutier. Et pour les mettre en œuvre, à la vigne comme au chai, il s’est entouré des conseils d’Hervé Justin, œnologue penseur de la géobiologie et référence de la biodynamie en champagne.

Sous sa houlette, deux nouveautés ont vu le jour dans la gamme, le premier brut rosé d’assemblage de la marque et un brut millésimé 2006.

Avec ses seulement 2 grammes de sucre résiduel, qui fait de lui un extra brut, ce rosé d’assemblage sur une base de vendange 2010 (75% pinot noir, dont 10% de Cumières rouge 2004, 25% pinot meunier) est tout en rondeur. Sa robe or saumonée et son fruité font de lui un compagnon idéal dès l’apéritif, mais peut vous accompagner également à table grâce à l’ampleur des pinots.
Le brut millésimé 2006 (70% pinot noir, 30% pinot meunier), qui avec ses 4 grammes de sucre résiduel pourrait lui aussi être classé en extra brut, est sans contexte un vin de gastronomie. Minéral, beurré et épicé avec des notes salines en finale, il conviendra à merveille aux mets de la mer.

Dans les parcellaires, deux cuvées s’imposent. Un Blanc de Blancs d’Epernay (100% chardonnay), sur une base de vendange 2010, étonnant tant le terroir prend le pas sur cépage. Crémeux comme un pinot meunier, on a du mal à reconnaître le chardonnay dans ce blanc de blanc, dosé à 5, 5 grammes de sucre résiduel, qui en surprendrait plus d’un dans une dégustation à l’aveugle.

La cuvée Les Crayères, premier cru de Cumières, (40% pinot noir, 40% pinot meunier, 20% chardonnay) sur une base de vendange 2009, quant à elle, étonne par son équilibre. Un « terre et mer » effervescent à elle seule. A l’heure où espumas et émulsions ont le vent en poupe dans les cuisines des chefs, voilà leur compagnon idéal.

Mais ce sont les cuvées spéciales qui font toute l’originalité de la marque. A commencer par la Divine (50% pinot meunier, 30% pinot noir, 20% chardonnay), sur une base de vendange 2006, vinifié en solera avec 2005 et 2004. Un champagne vineux, dosé à 4 grammes de sucre résiduel, qui se veut être un grand vin avant d’être effervescent. Puissant et raffiné avec une large palette aromatique, il appelle la table de toutes ses notes.

Pour terminer par le Rubis de noirs 2004 (100% pinot noir), rosé de saignée à macération longue (6 jours). Une gourmandise, dosée 7 grammes de sucre résiduel, qui vous transporte en enfance et qui incite Frédéric Zeimett à évoquer le Guignolet Kirsch d’antan par sa robe et ses notes aromatiques. La cerise bien sûr, mais aussi la framboise bien mûre qui teintent en rubis « les verts paradis des amours enfantines ».

D’autres nouveautés devrait voir le jour dès les vendanges 2014 car Hervé Justin, après avoir envisagé des cuves en verre ou en ciment doré à la feuille d’or, expérimente déjà des micro-vinifications en jarres de terre cuite. A suivre donc.

Texte de Jean Dusaussoy
Prix des cuvées dégustées : à partir de 32 €. Plus d’informations sur www.leclercbriant.com