Pour la fin d’année, la maison champenoise AR Lenoble propose deux nouvelles cuvées prestigieuses en édition limitée. L’occasion de redécouvrir la variété d’une gamme de grande qualité.

Demeurer une entreprise familiale et indépendante n’est pas chose aisée dans l’univers champenois, en témoigne le faible nombre de maisons de Champagne à afficher pareil statut. C’est pourtant l’un des éléments clés pour comprendre l’identité de la maison AR Lenoble, installée près d’Epernay, à Damery, depuis 1920. Les propriétaires, Anne Malassagne et son frère Antoine, ne sont guidés que par leur volonté de proposer des expériences de dégustation hautement qualitatives, quitte à naviguer parfois à contre-courant. En 1998, à une époque où les cuvées non dosées étaient assez rares, ils vont ainsi lancer le brut nature dosage zéro. Cette cuvée (29, 50€ ), Antoine Malassagne la souhaite « généreuse, donnant beaucoup de plaisir ». La dégustation lui rend raison puisque le vin présente une belle rondeur et beaucoup de complexité aromatique mais sans dureté. Il faut dire que le vin actuellement en vente repose essentiellement sur le millésime 2011, ce qui a permis au vin de s’épanouir grâce à une longue autolyse des levures. Loin d’être une curiosité, cette cuvée sans dosage reflète bien un style maison qui s’affirme autour des faibles dosages de la plupart de ses champagnes. Le fer de lance de la maison, le grand cru blanc de blancs (32, 50 €) n’est ainsi dosé qu’à 5 grammes par litre et le rosé Terroirs (39, 50 €) à 3 grammes. Il en résulte une expressivité particulière des terroirs maison. Le rosé Terroirs déploie ainsi sans fard sa spécificité, celle d’être composé à 88% de chardonnay de Chouilly à l’allonge impressionnante et de 12% de pinot noir de Bisseuil dont la puissance fruitée n’est plus à démontrer. Un vin d’une grande délicatesse aux notes de fruits rouges aussi élégantes que sa bulle est délicate.

Une réhabilitation des cuvées demi-sec

Si l’on juge généralement une maison à la qualité de son brut sans année (ici de très belle facture), ses grandes cuvées sont également révélatrices de son savoir-faire. La sortie de l’édition limitée Gentilhomme 1996 grand cru blanc de blancs (280 €) est, à cet égard, une évidence quant à la capacité d’AR Lenoble à produire des nectars émouvants. Une ode aux fruits secs, aux notes grillées avec une pointe d’oxydation qui parachève l’envoûtement ressenti à la dégustation. Anne et Antoine auraient pu se contenter de cette cuvée là encore faiblement dosée (2 grammes). C’était sans compter leur fougue et leur absence de dogmatisme. Sur ce millésime exceptionnel qu’est 1996, ils ont donc aussi élaboré un grand cru blanc de blancs demi-sec (240 €). Avec la ferme intention de redorer le blason de ces vins trop souvent boudés. Sans surprise, comme sur la cuvée classique Riche, le soin apporté au demi-sec relève de l’orfèvrerie, avec ici un vin de base de grande qualité associé à un vieillissement prolongé après dégorgement (celui-ci date de 2012) qui permet aux sucres de parfaitement se fondre à l’ensemble. A l’aveugle, impossible de déceler les 32 grammes de dosage qui apportent même au vin davantage de fraîcheur que son alter ego légèrement dosé. La fraîcheur, une autre constante chez AR Lenoble, permise par une approche pragmatique des fermentations malolactiques (souvent réalisées partiellement voire absentes pour conserver de l’acidité). Cela s’accompagne par un élevage croissant des vins de réserve en foudre de 50 hectolitres, un allié précieux pour maintenir de la tension. AR Lenoble est donc une maison qui expérimente, qui ose et qui gagne ses paris.