L’œnologue à l’origine et à l’accent espagnols marche sur son dixième millésime à la direction du Château Lanessan. Elle a fait sienne la devise du Guépard, « tout changer pour ne rien changer », tellement cet immense domaine au cœur du médoc vinicole est doté d’un grand terroir. Explications.

Ce matin d’avril 2019, une brume épaisse tarde à se dissiper dans cette partie du Médoc. Lentement, le Château Lanessan et ses 390 hectares se découvrent. La cime des immenses arbres d’abord, puis la bâtisse baroque d’inspiration tudorienne, les célèbres écuries transformées en musée du cheval, les serres hollandaises, les chais, le parc à l’anglaise, le vignoble enfin qui couvre 80 hectares. C’est toute cette riche histoire et ce décor à couper le souffle que Paz Espejo a été chargée de sublimer. « Quand je suis arrivée en 2009, la famille Bouteiller m’a demandé de mettre les vins de Lanessan au niveau qu’ils devaient être, à l’image du patrimoine, du grand terroir qui jouxte l’appellation Saint-Julien et des vieux millésimes de Lanessan qui se tiennent très très bien », raconte-t-elle devant dix millésimes de ce Haut-Médoc, autant de chemins parcourus depuis 2009.

Ce challenge, elle l’a relevé avec son histoire à elle. Forte d’un diplôme d’œnologie obtenu à Bordeaux, la Madrilène retourne vinifier sur ses terres puis en Toscane. En 1997, Paz Espejo offre ses compétences techniques à la maison Calvet puis chez un autre négociant de la place de Bordeaux, Cordier. Par la relation entre cette maison et les grands crus bordelais, elle gère Grand Puy Ducasse à Pauillac, Meney à Saint-Estèphe ou encore Rayne Vigneau à Sauternes, trois domaines qui sont la propriété de Crédit Agricole Grands Crus. Quand, en 2009, Paz rejoint Lanessan, elle prend d’emblée conscience du potentiel. « Il y avait de la notoriété mais une marge de progression indéniable, on m’a donné carte blanche, j’ai choisi de faire évoluer le style sans tout casser », explique la directrice. Cette nouvelle ère s’est traduite par une nouvelle étiquette.

Pour le contenu, Paz Espejo a progressivement cherché de la concentration, une trame acide et dans le même temps une meilleure maturité du raisin. « Je veux des vins plus précis, plus ciselés, plus profonds avec l’effet millésime mais toujours cette identité propre à Lanessan par ses arômes de rose poudrée, de réglisse et de violette, c’est la signature », ajoute-t-elle. La réduction des désherbants, la sélection parcellaire, le tri optique depuis 2012, la capacité frigorifique pour travailler les vins ou encore un élevage avec moins de tonneliers différents sont autant d’évolution pour que Lanessan trouve cette signature. « Je pense que le 2014 montre tous les efforts avec sa structure tannique très équilibrée qui regarde vers Saint-Julien », confie Paz Espejo. A la lecture gustative des dix millésimes, le Château Lanessan est incontestablement de retour dans la cour des grands Haut-Médoc avec son classicisme (50/55% de cabernet sauvignon, 30/35% de merlot, 5/8% de petit verdot, 0/2% de cabernet franc) et sa concentration toute saint-julienne. Candidat au nouveau classement des Crus Bourgeois, Lanessan vise l’Exceptionnel ou rien.

www.lanessan.com
Les vins de Lanessan sont autour de 20€.