Folle d’aéronautisme et de drones, la famille Pairault utilise les airs pour travailler son vignoble en précision et par-delà, obtenir des vins toujours plus fins et équilibrés.

Vu du ciel, ce n’est jamais tout à fait la même chose. C’est une question de croyance mais, au Château Teynac, c’est davantage un support scientifique. Éléonore Pairault en a fait un mémoire d’étude dans le cadre d’un master vin à KEDGE Bordeaux : « Les drones au service de la vigne : opportunités techniques et commerciales pour les vins de Bordeaux ». Cette année estudiantine a fait suite à un stage chez Dassault en 2015 avec un mémoire sur la réglementation des avions suborbitaux et chez Airbus l’année suivante avec pour objet d’étude la réglementation civile et militaire des drones. Avec tout ce bagage, elle n’a pas rejoint ses parents au Château Teynac en leur parlant chinois. Ses parents, Philippe et Fabienne Pairault, ont bourlingué dans l’aéronautisme avant d’acquérir des vignes à Saint-Julien, le temple de l’équilibre médocain. « Après quelques études littéraires et scientifiques, où le jour des diplômes je traversais le Sahara ou je faisais du bateau avec les copains, j’ai notamment fait de la communication dans l’aérospatiale », explique Philippe Pairault avant d’ajouter : « J’entends de la communication au sens noble du terme ». De son côté, Fabienne travaille dans la communication automobile et doit gérer les sociétés qu’elle hérite de son père.

« Le seul pari était de faire du bon vin »

Bref, les Pairault ont beaucoup de boulot et de l’argent. « Philippe, il faut qu’on fasse des investissements », dit un jour Fabienne. « Et si on achetait une forêt ? », suggère-t-elle. « C’est joli une forêt mais quitte à faire dans le végétal, qu’est-ce que tu dirais d’une vigne ? », propose Philippe. En 1989, ils acquièrent deux domaines contigus, le Château Teynac à Saint-Julien-Beychevelle et le Château Corconnac en Haut-Médoc. Depuis, ils enchaînent les millésimes. « On ne connaissait rien au métier mais on ne doutait de rien, le seul pari était de faire du bon vin car on a compris qu’il n’y avait pas d’avenir pour la qualité approximative », explique Philippe. Dans la discrétion, le parti est tenu et il se fait désormais à trois. « Je voulais faire des études avant de les rejoindre, j’ai fait Hypokhâgne, du droit aéronautique et cette année d’étude dans le vin pour y connaître quelque chose en la matière », confie Éléonore. Entre-temps, les domaines se sont agrandis pour atteindre 8 hectares en Haut-Médoc et 12 hectares en Saint-Julien malgré l’appétit des Grands Crus Classés voisins. « Les vignerons qui ont arrêté de travailler ont préféré vendre les parcelles à nous… et de toutes les façons tout le monde se touche à Saint-Julien, alors chacun vendange un peu les parcelles des voisins », s’amuse Philippe Pairault.

Forts de sérieuses compétences intellectuelles et de beaucoup d’envie, les Pairault mettent toutes les chances de leur côté avec, on l’aura compris, l’utilisation du drone à outrance en vue d’analyser la surface foliaire, les pieds manquants, les symptômes de l’ESCA, de la flavescente dorée, du mildiou, surface enherbée, ortho-photo… A Teynac, on prend de la hauteur et de l’équilibre, en témoignent les derniers-nés et bien nés il est vrai, 2015 et 2016.