La clairette du Languedoc, dont l’AOC a fêté ses 70 ans en 2018, part à la conquête du monde avec l’aide de Gérard Bertrand.

Plus ancienne AOC du Languedoc en blanc sec, la clairette du Languedoc est aussi la plus petite superficie en appellation de la région et l’une des deux AOC en monocépage blanc sec, avec l’AOC Picpoul de Pinet. Elle couvre une centaine d’hectares sur 11 communes, au centre de l’Hérault, répartie en deux zones, au nord du lac du Salagou et au nord de Pézenas, au bord du fleuve Hérault. Les trois types de sols – terrasses du villafranchien, marnes et schistes – permettent des expressions différentes de ce cépage, qui peut se vinifier en sec, moelleux ou vin de liqueur.

Sa fierté est d’être le plus ancien cépage autochtone du Languedoc. Celui que travaillaient les villas gallo-romaines, nombreuses dans cette moyenne vallée de l’Hérault. Stéphane Maune, directeur de recherche au CNRS de Montpellier, les étudie depuis plus de deux décennies. La villa de Saint-Bézard, fondée il y a quelque 2000 ans, par Quintus Iulius Priscus, entrepreneur, vigneron et négociant, sur la commune d’Aspiran, s’avère une des plus grandes exploitations viticoles romaines retrouvées à ce jour « une énorme usine à vin, aux dimensions encore impressionnantes aujourd’hui avec plus de 4200 hectolitres de vin stockés, 100 hectares de vignes et un système moderne et structuré de production », avec cuves en béton hydrofuge, chais de vinification à température constante, atelier de potier pour la production d’amphores. Et ces pépins de raisin, qui se révèlent être la clairette, avec son patrimoine génétique intact. Elle a connu son heure de gloire sous l’Ancien Régime et sa prospérité à l’époque du vermouth, dont elle était un des principaux ingrédients. Elle l’a suivi dans son déclin mais on continue à en cultiver dans tous les villages de l’appellation, pour une vente qui reste majoritairement au niveau local. Aussi, l’AOC a eu 70 ans en toute discrétion l’an passé.

Pourtant, le renouveau était déjà en train de fermenter en cuve. Il porte le doux nom d’Art de Vivre, par Gérard Bertrand. Le vigneron-négociant audois a établi un partenariat avec la cave coopérative d’Adissan, principal producteur de clairette AOP. Depuis 2017, ses équipes ont travaillé avec la cave pour vinifier une clairette à même de séduire le monde. En effet, c’est l’exclusif cépage blanc de la nouvelle gamme Art de Vivre, nommée ainsi en référence à l’histoire du vin sur ce terroir historique de Méditerranée. Innovante et intemporelle, sa bouteille est en céramique, une création inspirée par les amphores, fabriquée sur mesure. Elle contient, en blanc, l’ancestral et rare clairette. Son pendant en rouge, dans une bouteille grise, est un AOP Languedoc, assemblage élevé en barrique de trois cépages phares de la région, syrah, grenache, carignan. Cette gamme va être commercialisée dès juin en grande distribution en France et en Belgique, puis en Suisse, aux USA, et ailleurs à l’international. Pour ses 71 ans, l’AOP Clairette du Languedoc a rencontré l’Art de Vivre, et le célébrera le 18 juillet, dans la fête de la clairette, à Adissan.