(Photo F. Hermine)
(Photo F. Hermine)

L’œnologue-conseil Fabien Ozanne a animé hier la master class Côte Rôtie dans le cadre de Découvertes en Vallée du Rhône sur le thème « Avec ou sans viognier ». Retour sur cette dégustation comparée.

« La part du viognier dans la syrah est un peu mystique, reconnaît d’emblée Fabien Ozanne, œnologue-conseil, directeur du laboratoire Dioenos Rhône et ambassadeur des vins de la vallée du Rhône. Elle est certes définie en Côte Rôtie, au maximum 20% dans une appellation uniquement en rouge, mais son apport n’est pas toujours scientifique ». L’une des rares appellations où les vignes sont complantées a ainsi maintenu une tradition historique. « Ce cépage peut enrichir les syrahs qui manquent de maturité puisqu’il est riche en sucres et en alcool mais également en tanins, ce qui évite le phénomène de dilution et la syrah est de toute façon très colorée ». L’utilisation de blancs dans les rouges est pratiquée dans d’autres appellations du Rhône Nord comme Saint-Joseph ou marsanne et roussanne peuvent entrées à hauteur de 10%, de 15% en Hermitage mais la complantation est spécifique à Côte Rôtie. « On en retrouve en moyenne 5% dans la majorité des cuvées, les deux cépages étant récoltés et fermentés ensemble », rappelle Fabien Ozanne. Plus d’un vigneron sur deux (56%) ont une cuvée de rouge comportant du viognier, le seul aujourd’hui qui en utilise 20% est le domaine Corps de loup avec sa cuvée Marions-les.

Dégustations comparées de :

– Brut de fût terroir Combard pour la Barbarine 2017 d’Yves Gangloff 100% syrah : des fruits noirs, des épices, notes fumées, puissant mais aux tanins souples.

… et Brut de fût Tupin pour la Barbarine 2017 avec 5% de viognier planté en foule (a forte densité sans ordre apparent) : rondeur sur les fruits rouges, floral, tanins veloutés, notes de gentiane.

– Christophe Semaska Château de Montlys 2016, 24 mois d’élevage à 50% bois neuf, syrah à 100% de la Côte Brune : fruits noirs, réglisse, poivre et épicé, notes de violette, frais et élégant.

… et Christophe Semaska Fleur de Montlys 2014, 10% de viognier dans une parcelle récoltée à maturité et ré-assemblée avec la syrah, élevée 30 mois en fût 100% en bois neuf à chauffe forte : épicé, arômes basalmiques, acidulé et tanins soyeux au beau potentiel de garde.

– Duclaux 2010 La Germine élevé 20 mois en barriques et demi-muids avec étampage (chapeau de marc immergé) 5% de viognier : fruits noirs cuits, kirsch, pruneaux, bois brûlé sur la fraîcheur.

… et Vidal-Fleury La Châtillonne 2010 entièrement éraflé, 4 ans d’élevage dont 3 en fûts a 12% de viognier : fruits rouges, note fumée, tabac blond, cèdre, grillé sur des tanins soyeux.