Le parisien Sun’R (photovoltaïque) inaugurait jeudi 8 novembre au domaine de Nidolères, à Tresserre en Roussillon, la première centrale agri-voltaïque combinant sur une même surface, vignes et électricité solaire. Une première mondiale qui a nécessité 10 ans de recherche et développement.

Goûter un vin cultivé sous des panneaux solaires sera bientôt possible. L’entreprise Sun’R, un acteur historique du photovoltaïque et de l’innovation solaire, le prouve avec Sun’Agri 3, un programme de recherche initié en 2009 avec l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) qui a nécessité sur dix ans, 21 M € d’investissements. Il aboutissait hier avec l’inauguration, sur le domaine de Nidolères à Tresserre dans les Aspres (Roussillon), de la première centrale agri-voltaïque au monde – ou centrale viti-voltaïque pour les vignes -, sortie de terre pour un coût de 4 M€, supporté en totalité par l’opérateur.

Car selon Antoine Nogier, P-dg de SUN’R, il y a urgence à s’adapter aux effets du changement climatique et accompagner la résilience de la vigne, soumise à des étés de plus en plus caniculaires et secs entraînant une augmentation des degrés d’alcool, une perte d’acidité et des marqueurs aromatiques des raisins. « Un terroir ne se déplace pas, insiste-t-il. Avec ce système, on peut ralentir la maturation des baies en jouant sur le développement physiologique de la plante grâce à des panneaux solaires mobiles intelligents, que l’on pilote à distance en fonction des besoins en ensoleillement ou en ombre de la plante. »

28 600 plants de vignes et 3 variétés

Ce premier démonstrateur, créé en coopération avec l’INRA, l’IRSTEA et ITK (pour les algorithmes de conduite), s’inspire des bénéfices avérés de l’agroforesterie sur les cultures : ils permettraient « une économie en eau de 30%, un gain de productivité de 45 à 50% ainsi que l’ont démontré les premiers tests en maraîchage et grande culture… Sauf qu’à la différence de l’arbre qui a des racines et fait compétition à la vigne pour l’eau, les panneaux solaires son non compétitifs, la priorité étant donné à la production agricole », explique Christian Dupraz, inventeur de l’agri-voltaïsme et directeur de recherche à l’INRA. La preuve avec ce premier démonstrateur qui s’étend sur 7 hectares d’une ancienne parcelle en jachère, plantée cet été avec 28 600 plants de variétés Marselan, Chardonnay et Grenache gris. 4, 5 ha de vignes ont été placés sous panneaux solaires disposés sur des trackers mono-axes à 4,5 m du sol, disposés face est le matin, et face ouest le soir. 3 autre hectares, non équipés, serviront de culture témoin.

Le démonstrateur de Tresserre va à présent être suivi pendant cinq ans par la station expérimentale viti-oeno de Tresserre, pilotée par la chambre d’agriculture des Pyrénées-Orientales. « L’enjeu est de mesurer l’efficacité du dispositif grâce aux comparatifs possibles avec la vigne témoin : stress hydrique, suivi des rendements grâce notamment aux mesures du poids des bois de taille ou de la surface foliaire, etc., nous allons tout suivre de près », détaille Julien Thiery, responsable agronome de la station. Le choix de favoriser l’expérimentation autour des cépages blancs Grenache et Chardonnay, auxquels vient se rajouter le Marselan (une obtention INRA rouge), s’explique par la fragilité des variétés blanches « régulièrement confrontées à la dégradation des arômes notamment l’échaudage de fin de journée. Il y avait donc un vrai pari à tester en priorité les blancs dans cette région au climat semi-aride », explique Julien Thiery. Si le cahier des charges des AOC interdit pour l’heure ce type de culture, il faudra néanmoins attendre 2021 avec la première vendange pour goûter ces vins avec les premières mini-vinfications réalisées par la station de Tresserre. En attendant la commercialisation des premières IGP issus de vignes cultivées sous énergie solaire.