(photo Carole Bellaiche)
(photo Carole Bellaiche)

Actuellement à l’affiche de la pièce « La Dégustation » d’Ivan Calbérac au Théâtre de la Renaissance (Paris), la comédienne Isabelle Carré a accordé un entretien à Terre de Vins.

Dix-sept ans après le film « Se souvenir des belles choses » de Zabou Breitman, Isabelle Carré et Bernard Campan se retrouvent, cette fois sur les planches, dans la pièce « La Dégustation » d’Ivan Calbérac. Bernard Campan incarne Jacques, caviste solitaire et bourru. Isabelle Carrée est Hortense : engagée dans l’associatif, tout proche de finir vieille fille, elle débarque un jour dans la boutique de Jacques et décide de s’inscrire à un atelier dégustation. Mais pour que deux âmes perdues se reconnaissent, il faut parfois un petit miracle. Ce miracle s’appellera Steve, un jeune en liberté conditionnelle, qui, contre toute attente, va les rapprocher.
Cette délicieuse comédie romantique, pleine d’émotion et de délicatesse, est à l’affiche du Théâtre de la Renaissance depuis fin janvier. Entre deux représentations, Isabelle Carré nous a accordé un entretien.

Qu’est-ce qui vous a séduit dans cette pièce d’Ivan Calbérac, « La Dégustation » ?
Ce que j’ai aimé en premier lieu, c’est son ton de comédie à la Lubitsch ou à la Capra : on rit de bon cœur mais d’un rire bienveillant, sans cynisme ni arrière-pensée. Je connaissais déjà le travail d’Ivan (« L’étudiante et Monsieur Henri », « Venise n’est pas en Italie ») et j’avais très envie de collaborer avec lui. Quand j’ai su en plus que Bernard Campan serait de la partie, j’ai été plus qu’enthousiasmée ! C’était formidable de se retrouver 17 ans après le film de Zabou. C’est comme si on s’était quitté la veille, j’ai retrouvé un Bernard toujours aussi simple, modeste, accessible.

Votre personnage d’Hortense, on a le sentiment qu’il vous ressemble : à la fois solaire, sans cynisme, presque naïf, et pourtant brut de décoffrage, très volontaire, parfois cru. Il y a de vous dans Hortense ?
C’est vrai qu’on a d’abord l’impression qu’Hortense est une vieille fille très catho, un peu coincée, et au fil de la pièce on va la découvrir pus fantaisiste, audacieuse, troublante. C’est un peu le fil conducteur entre tous les personnages de la pièce : l’auteur a voulu jouer sur les clichés pour mieux les faire tomber. C’est valable pour le personnage de Bernard comme pour celui de Mounir Amamra, qui incarne un jeune garçon des cités ; il vient bousculer les idées reçues, change la vie des autres et va se découvrir un don, un talent qu’il ne pensait pas avoir. J’aime cette idée que l’on n’est pas toujours ce que l’on a l’air d’être : c’est un peu le sujet de mon livre « Les Rêveurs » (qui vient de sortir en poche, NDLR), au départ je voulais l’intituler « La partie émergée de l’iceberg ». Nous sommes bien plus que l’apparence que l’on donne de nous, et c’est ça qui est intéressant.


L’autre fil conducteur de cette pièce, c’est le vin. C’est lui qui va « provoquer » la rencontre entre les personnages et agir comme un lubrifiant social entre ces êtres qui n’auraient pas dû se rencontrer…

Bien sûr, le vin joue un rôle central, c’est lui qui va aider les personnages à se révéler, à se libérer. « In vino veritas », cela n’a jamais été aussi vrai. Le personnage de Bernard Campan, qui est un caviste bourru, un homme qui cache de grandes blessures, va apprendre à s’ouvrir en faisant déguster du vin aux autres. Ensemble, ils vont apprendre à guérir leurs blocages, leurs blessures, leurs secrets.

Et vous, quelle est votre histoire avec le vin ?
Dans ma famille, on n’était pas vraiment intéressé par le vin, ni par la gastronomie. J’ai commencé à découvrir tout cela quand j’avais une vingtaine d’années. J’étais en tournée théâtrale, on jouait « L’École des Femmes » avec Jacques Weber à Lyon. Jacques nous a amenés chez Paul Bocuse : j’ai alors compris ce qu’était la grande cuisine, ce qu’était un grand vin – c’était un bordeaux, mais je ne me souviens plus exactement du château. Je sais seulement que cela a été une révélation. Quelques années après, je suis allée à Bordeaux et j’ai fait la route des vins, et encore aujourd’hui j’ai un très grand attachement pour les vins de cette région, en particulier Léoville Las Cases qui est mon grand chouchou.

Avez-vous d’autres grands souvenirs, des émotions liées au vin ou des « vins fétiches » ?
Oui, justement avec Bernard Campan. Quand nous avions tourné « Se souvenir des belles choses », il était déjà très intéressé par le vin et aimait beaucoup goûter à l’aveugle. A la fin du tournage, il avait organisé une dégustation, j’avais eu un coup de cœur pour le château Chasse-Spleen, qui est si bon et porte un si joli nom. Plus récemment, il y a quelques années, je tournais « Vingt-et-une nuits avec Pattie » des frères Larrieu, dans le Minervois. J’ai appris à mieux connaître les vins de cette région, il y a de véritables pépites. J’aime en particulier les vins de Jean-Baptiste Sénat, surtout sa cuvée « La Nine ». Enfin, avec mon mari, nous allons souvent au Pays Basque, il y a un caviste à Saint-Jean de Luz appelé « Numéro Vin ». On lui achète des vins d’Espagne que l’on aime beaucoup, mais aussi de l’Irouléguy – je suis fan du domaine Arretxea. Parmi mes autres coups de cœur, il y a le Mas de Seranne en Terrasses du Larzac, les vins d’Elian Da Ros dans le Marmandais, ou encore « La Grande Ourse » de Pascal Chalon, un délicieux côtes-du-rhône.

De façon générale, quel est votre « goût » du vin ?
J’aime plutôt les vins qui ont du caractère, du tanin, je dirais même des aspérités. Des vins corsés, des vins qui durent, dont les sensations restent longtemps sur la langue. C’est pourquoi je préfère boire un bordeaux ou languedoc plutôt qu’un bourgogne, par exemple. Tous les soirs avant la pièce, je bois un verre de pic-saint-loup, j’adore cette appellation – et en plus c’est bon pour la gorge avant une représentation.

Quelle consommatrice de vin êtes-vous ?
J’ai lu il y a quelques jours qu’une consommation d’un ou deux verres par jour restait dans le périmètre du « risque acceptable » pour la santé. Eh bien voilà, je me situe dans le « risque acceptable », c’est pas mal (rires) ! J’aime choisir le vin comme je choisis les autres produits que je consomme – bon, sain et simple. Parfois ça ne sert à rien de vouloir faire trop sophistiqué ; de bons produits, cela suffit. C’est valable aussi pour le thé, pour lequel je me suis passionnée après le vin. Plus largement, je préfère si possible aller vers des vins bio ou en biodynamie : le respect de la terre, lui permettre de se renouveler, c’est important. En revanche jusqu’ici je n’ai pas trop apprécié les vins nature…

Le vin, c’est un vecteur de partage. Est-ce important pour vous ?
Je vais vous paraître égoïste, mais le moment où je préfère boire un verre de vin, c’est toute seule, avec un bon livre, au calme. Bien sûr, j’aime le partager autour d’un bon repas avec des amis, mais je l’apprécie comme un plaisir solitaire. J’aurais du mal à me passer d’un bon verre de vin, même parfois après une représentation : c’est un bon moyen d’atterrir, de « revenir à la normale » après une pièce.

Il paraît que dans la pièce, c’est vous qui avez eu l’idée de certaines répliques qui font éclater de rire toute la salle – notamment lorsqu’il s’agit de recracher le vin pendant une dégustation. C’est vrai ?
Oui, j’ai suggéré à Ivan d’ajouter ces répliques un peu scabreuses. C’est tellement en décalage avec le personnage d’Hortense, qui a l’air si coincé. Mais comme elle n’a pas l’habitude de déguster, tous les termes qu’elle emploie prennent une connotation sexuelle. Ce sont quelques répliques qui marchent bien (rires) !

« La Dégustation », d’Ivan Calbérac. Avec Isabelle Carré, Bernard Campan, Mounir Amamra, Éric Viellard et Olivier Claverie. Théâtre de la Renaissance, 20 boulevard Saint-Martin Paris 10ème – 01 42 08 18 50.
Du mardi au samedi à 21h
Matinées samedi et dimanche à 16h30
www.theatredelarenaissance.com