(photo : Guillaume Rivière)
(photo : Guillaume Rivière)

Le vignoble de Bergerac-Duras est situé au cœur du Périgord pourpre. Et, dans ces vignes, entre Dordogne et Lot-et-Garonne, la part de vignerons faisant le choix du respect de l’environnement et des paysages, grâce à l’agriculture biologique, ne cesse de progresser. Au cœur du Périgord pourpre, des vignerons aux mains vertes qui nous ont ouvert leurs portes pour une Escapade publiée dans le Terre de Vins 59, actuellement en kiosque.

Épisode 3/6 : Château Le Payral, chercheur au naturel

À Razac-de-Saussignac, Thierry Daulhiac se considère comme un vigneron transmetteur, entre ses ancêtres et la future génération. « J’ai toujours fait ça, je ne sais rien faire d’autre », plaisante-t-il, campé dans ses bottes devant ses parcelles. Installé depuis le début des années 1990, ses quelques millésimes au compteur lui permettent de prendre du recul. « Cela peut paraître bête, mais la première étape de remise en question s’est faite grâce à la rencontre d’un ingénieur agronome. Il est venu, on a fait des trous dans le sol, j’ai commencé à comprendre le potentiel de mes terroirs. »
D’abord avec son père, puis avec Isabelle, son épouse, Thierry cherche, bouquine, restructure les plantations, remet en cause ses façons de travailler. « Comment expliquer qu’une vigne de sauvignon gris plantée par mon grand-père à tel endroit produisait chaque année de très jolis raisins, alors que d’autres blancs que nous avions plantés avec mon père n’aient jamais donné les grands liquoreux qu’on attendait ? Si notre façon de cultiver est la même, c’est forcément le pouvoir du sol ! » Il observe que les sols sont carencés, qu’il faut leur apporter plus de matière organique, les nourrir, pour que la vigne puisse venir y puiser ce dont elle a besoin. L’agriculture biologique commence à faire son chemin. Il faut dire qu’à Saussignac beaucoup de vignerons la pratiquent déjà, c’est plus facile pour partager le matériel et les retours d’expérience. En 2007, le vigneron demande la certification bio sur les 15 hectares de vigne, « toujours avec la même finalité, avoir le raisin le plus joli possible, faire le meilleur vin avec ». Il continue de chercher, expérimente les préparations de silice, de bouse de vache, se forme à la biodynamie, cultive des engrais verts entre les rangs, favorise l’enherbement maîtrisé… Les résultats portent leurs fruits, l’expression du terroir monte de millésime en millésime.
Dans la gamme (étendue !) du Payral, allant de 6 à 12 €, quelques coups de cœur. Avec Petite Fugue 2016 (8 €), par exemple, cette sélection de sauvignons gris qui donne un blanc volumineux à la trame acidulée, une bouche gourmande et fraîche, idéale pour une cuisine doucement épicée. Il y a aussi Terres rouges 2016 (8 €), un merlot à la robe rouge brillant, produit seulement les années propices : le fruit est intact, les tanins sont souples, la finale caillouteuse et fraîche. Et puis les petits derniers, ces Lou Payral (10 €), élaborés sans sulfites ajoutés dans les trois couleurs (en IGP Périgord). Les vieux sémillons et sauvignons en ont sous le pied : le nez riche (mais sans aucune oxydation) rappelle des fruits blancs juteux, une pointe d’agrumes confits, pas mal de floralité : Lou Payral blanc est un vrai gastronome. Le rouge (après un temps de carafe), issu d’une jeune vigne de merlot, explose d’arômes de fruits noirs, la bouche est nette, chaleureuse et concentrée. Zéro défaut, pour beaucoup de plaisir.

24240 Razac-de-Saussignac
05 53 22 38 07 – Site internet