(photo : Guillaume Rivière)
(photo : Guillaume Rivière)

Le vignoble de Bergerac-Duras est situé au cœur du Périgord pourpre. Et, dans ces vignes, entre Dordogne et Lot-et-Garonne, la part de vignerons faisant le choix du respect de l’environnement et des paysages, grâce à l’agriculture biologique, ne cesse de progresser. Au cœur du Périgord pourpre, des vignerons aux mains vertes qui nous ont ouvert leurs portes pour une Escapade publiée dans le Terre de Vins 59, actuellement en kiosque.

Épisode 2/6 : Château Monestier La Tour, à l’heure de la biodynamie

Depuis le XIIIe siècle, le château Monestier La Tour, au sud-ouest de Bergerac, a traversé l’histoire sans jamais se départir de sa vocation agricole. C’est aujourd’hui une nouvelle histoire vigneronne qui s’écrit. « Ce que l’on fait avec le temps, le temps le respecte », peut-on lire sur la façade du nouveau chai. Le temps… Un concept que maîtrisent bien les nouveaux propriétaires, la famille Scheufele, également vice-présidents de l’horlogerie-joaillerie Chopard, luxueuse maison située à Genève. Lorsqu’ils découvrent en 2012 ce vignoble en pentes douces, entouré de forêts et de nature, c’est le « coup de foudre absolu ». Propriétaire depuis 1996 de Caveau de Bacchus à Genève, à Gland et à Gstaad (Suisse romande), Karl-Friedrich Scheufele est un fin connaisseur. « Le bergerac est selon moi sous-estimé. Nous avons visité des dizaines de propriétés, dans des appellations prestigieuses, mais sans trouver un environnement aussi intéressant pour le développement du vignoble. Et puis j’aime les défis… » dit-il en souriant. Travaux lancés en 2014 (l’ancien propriétaire néerlandais avait déjà œuvré pour la restructuration du vignoble et la rénovation du château), le nouveau chai de Monestier La Tour est inauguré en 2016. Avec une philosophie résolument naturelle. « J’ai eu la chance de rencontrer Aubert de Villaine [Caveau de Bacchus distribuent la Romanée-Conti en Suisse romande, NDLR] ou Marie-Thérèse Chappaz, dans le Valais, qui pratiquent la biodynamie. Leur approche environnementale et la qualité de leurs vins sont irréprochables », analyse-t-il.
Grâce à Mathieu Eymard, le maître de chai (sur la photo), à l’adhésion de l’équipe en place et aux conseils de Stéphane Derenoncourt et son équipe, la révolution culturale se met en marche. On arrache une partie des vignes – 40 hectares initialement, pour descendre à 27 au total –, on installe une vingtaine de petites cuves pour vinifier au plus près des parcelles, on convertit le vignoble en agriculture biologique et biodynamique. Un jardin consacré aux plantes destinées aux préparations de soins pour le vignoble est créé et « une tisanerie pour le séchage de l’osier, la prêle, la consoude, l’achillée… toutes ces plantes intéressantes pour accompagner le cycle de croissance de la vigne », explique avec pédagogie Margaret Delbeke, responsable commerciale. « Bien sûr, on utilise aussi la bouillie bordelaise pour lutter contre le mildiou quand on en a besoin », tempère Margaret.
À la dégustation, les Cadran (clin d’œil à l’horlogerie), accessibles, gourmands, précis, se dégustent dans les trois couleurs (8-10 €). Le Monestier La Tour 2016 rouge (16,50 €), dont la majorité de cabernet franc, associé au merlot (ramassé manuellement et vinifié en partie en grappes entières), révèle tout le potentiel d’expression du terroir : structure tannique fine, fruit éclatant, arômes de poivre concassé, d’épices et de fleurs fraîches, la profondeur de champ déjà présente semble ne demander que du temps pour s’exprimer encore davantage et joue déjà dans la cour des grands.

24240 Monestier
05 53 24 18 43 – Site internet