Hier soir, Terre de Vins organisait pour la première fois, en partenariat avec les interprofessions du Cognac et de l’Armagnac, une grande dégustation entièrement dédiée aux deux plus fameuses eaux-de-vie françaises. Le public est venu nombreux au Radisson Blu Hôtel de Bordeaux, profitant d’une vue imprenable sur la terrasse ouverte vers la Cité du Vin.

C’était une première pour Terre de Vins. Habitué des dégustations de vin s’adressant aux professionnels comme au grand public, le magazine organisait hier pour la première fois un événement entièrement dédié aux deux grandes eaux-de-vie françaises, le cognac et l’armagnac – en partenariat avec les deux interprofessions, BNIC et BNIA. Une quinzaine d’exposants, grands opérateurs comme maisons plus confidentielles, étaient réunis au Radisson Blu Hôtel de Bordeaux pour un moment exclusif, uniquement ouvert aux professionnels (cavistes, sommeliers…) de 16h à 18h puis aux amateurs de 18h à 21h. Un format inédit qui a remporté un franc succès. « Quand Terre de Vins nous a proposé cette idée de soirée, nous avons tout de suite dit oui », s’enthousiasme Olivier Goujon, directeur du BNIA. « Chacun sait qu’on est toujours plus fort à plusieurs que tout seul. Même si armagnac et cognac ont des histoires et des configurations différentes, ce sont les deux plus belles eaux-de-vie françaises et elles partagent des problématiques en commun – différenciation, benchmarking, ancrage territorial, nécessité de reconquérir les consommateurs français. Tout le monde veut aller vers l’export, c’est très bien, mais il est important de toucher aussi les amateurs proches de nous, c’est pourquoi ce type d’événement est très important – a fortiori à Bordeaux, qui est la terre de connivence et de jointure entre nos deux vignobles ».

Pour toucher ces amateurs, notamment les nouveaux consommateurs qui n’ont pas forcément le réflexe « armagnac » ou « cognac », le BNIA comme le BNIC misent sur une approche « décomplexée » de leurs eaux-de-vie, en s’appuyant notamment sur la mixologie. Olivier Goujon poursuit : « la force de l’armagnac, ce sont bien sûr, les terroirs, les millésimes, les bruts de fût, la force de l’assemblage, mais il faut aussi apprendre aux amateurs que l’on peut le boire autrement, en long drink ou en cocktail, avec beaucoup de possibilités d’accords à table, par exemple une blanche d’armagnac sur du caviar ou du roquefort ». Même son de cloche du côté du BNIC, qui depuis plusieurs années déjà promeut une consommation plus ludique du cognac. Violaine Chénel, directrice du Pôle Ressources, proposait à côté de Germain Canto deux recettes de cocktails autour d’un cognac VSOP (dont une, à base de crème de pêche, thé vert à la pêche et citron, est particulièrement désaltérant). « Parler de cognac, c’est parler de plusieurs choses : de nos grandes maisons bien entendu qui sont d’indispensables locomotives, de nos 4184 producteurs qui font vivre le vignoble, autant de belles histoires à raconter pour sensibiliser cavistes, sommeliers, mais aussi mixologues et bartenders. La révolution du cognac cela passe aussi par le bar, le contact avec le consommateur, pour faire évoluer les habitudes de consommation ».

Mais bien sûr, il n’y avait pas que des cocktails à déguster hier. Les amateurs pouvaient savourer toutes les palettes d’arômes des deux eaux-de-vie, des plus jeunes aux plus évoluées. De grandes maisons étaient présentes pour faire découvrir leur gamme : Courvoisier et Rémy Martin pour le cognac, et pour l’armagnac, Tariquet et Darroze. Marc Darroze, par ailleurs président du BNIA, était ravi de faire goûter ses armagnacs aux jeunes amateurs, d’expliquer quelques secrets de fabrication et de vanter les accords possibles – avec du fromage, par exemple. Une expérience particulièrement probante sur des millésimés comme 2001, 1996, 1987, 1981 et, comble du « Luxe Gascon », un 1946 de grande classe. Les jolis armagnacs du Château Garreau (29 hectares à Labastide d’Armagnac) et du Domaine Laguille (65 hectares près d’Eauze) confirment que les pépites sont aussi à dénicher auprès de maisons moins connues et qui travaillent obstinément à exprimer le meilleur de leur eau-de-vie gasconne.

Côté cognac, la grande classe était à trouver du côté de la maison Delamain, en présence de son talentueux maître de chai Dominique Touteau. L’élégance intemporelle de ses eaux-de-vie récemment relookées s’exprime à travers toute la gamme, du fameux Pale & Dry (qui fêtera son centenaire en 2020) au très beau millésimé 1988, en passant par l’intense Vesper XO et le si équilibré « Très Vénéré » XO (rancion figuen écorce d’orange, peau de pamplemousse confite… un rêve). De la classe, il y en a également à revendre du côté de Ragnaud-Sabourin, maison familiale depuis 5 générations qui s’appuie sur un vignoble de 33 hectares en Grande Champagne. Travaillant de façon très artisanale et tout en finesse, cette belle maison signe des eaux-de-vie prisées des amateurs, et dont les prix restent encore fort accessibles. La Réserve Spéciale, composée d’eaux-de-vie de plus de 20 ans, séduit par son caractère expressif, réglissé, où la noisette et l’abricot s’unissent en un ensemble harmonieux (60 € environ). Les deux cuvées prestigieuses Fontvieille et Florilège, composées d’eaux-de-vie de 35 et 45 ans, expriment merveilleusement toute la palette des arômes que peuvent décliner de grands cognacs évolués. « L’avenir du cognac se trouve dans des produits pointus qui expriment un style et un terroir, c’est ainsi que l’on touchera et fidélisera les amateurs », souligne Marine Deschamps, Directrice Générale, qui se félicite que 50% de la clientèle de la maison soit française. De belles maisons comme le Château de Beaulon (vignoble familial de 90 hectares, célèbre pour ses cognacs mais aussi pour son pineau des charentes) et Vallein Tercinier venaient elles aussi confirmer que les beautés de l’eau-de-vie charentaise sont sans limite pour l’amateur qui sait les dénicher.

Crédits photos : Michaël Boudot et Jordan Duprat.