Pour la dernière soirée avant la clôture de Vinexpo Bordeaux, les « Inclassables », ces propriétés bordelaises de grande classe sans classement, étaient à nouveau réunies hier à l’invitation de « Terre de Vins » pour une dégustation de haut-vol, savourée par près de 300 dégustateurs.

Photographies Michaël Boudot et Jordan Duprat

Inclassables. Et résolument incontournables. Hier soir, pour la 5e année consécutive, une vingtaine de propriétés des deux rives de Bordeaux faisaient découvrir leurs vins aux amateurs et professionnels, dans le cadre du splendide toit-terrasse de la Banque Populaire Aquitaine Centre Atlantique (BPACA), rive droite de la Garonne, avec vue imprenable sur Bordeaux. A l’instar des enfants d’une seule même grande fratrie, chacune des propriétés en dégustation attestait d’une atypicité, la rendant à la fois unique, et justifiant son appartenance à cette grande famille.

La fidélité pour maître-mot

Arrivé en début d’année à la direction de la BPACA, partenaire infaillible de la manifestation depuis cinq ans, son nouveau directeur général, Jean-Pierre Levayer, assistait à sa première dégustation des « Inclassables ». « Je trouve que c’est une idée très intéressante que de rassembler seulement ces Inclassables, car Bordeaux ne se résume pas aux seuls crus classés, même s’ils sont des vitrines » remarquait-il. « Le soutien à ces vignerons est important pour nous, car pour jouer pleinement notre rôle de banque locale, nous nous devons d’accompagner les acteurs locaux, dont la viticulture, génératrice de richesses » réaffirmait-il avec force.

Entre autres propriétés présentes chaque année depuis le départ, le château Pipeau, en Saint-Emilion Grand Cru, était une nouvelle fois au rendez-vous. « Bordeaux est notre plus gros marché. Nous avons une très bonne clientèle locale, et cette dégustation nous permet de rencontrer en direct nos clients et de présenter nos nouveautés », expliquait Jean Mestreguilhem, 4e génération à la tête de ce vignoble de 25 ha. Entre autres actualités, la sortie des primeurs de la propriété, et l’annonce d’une nouvelle boutique en cours de réfection actuellement, dont l’ouverture est prévue à l’été 2020 avec pour objectif de booster l’œnotourisme.

Tous quelque chose d’inclassable

Au château Marjosse, « jardin secret » en Entre-deux-Mers de Pierre Lurton – déjà à la direction des prestigieux crus classés châteaux d’Yquem et Cheval Blanc -, rentrer dans les cases n’est pas la préoccupation première de la maison, loin s’en faut. « Notre appellation nous permet d’être aventuriers, avec un tempérament un peu pionnier si on le souhaite, et de tracer notre chemin » affirme Jean-Marc Domme, directeur technique du domaine. Et cette marge de liberté, le domaine ne se prive pas de l’exploiter. Doté d’une cinquantaine d’hectares de vignes, il projette par exemple, à côté de ses références existantes, rouge pour porter une extension de gamme, la création de cuvées par terroirs (argiles rouges, blanches, terroirs rocheux…) en blanc dès 2019 et pour 2020 en rouge. Autre atypicité, pour cette propriété, lauréate 2019 du concours « Top Vin » de l’Entre-deux-Mers, il est vendu par la Place de Bordeaux sur un positionnement « un peu supérieur » à la moyenne de prix de l’appellation (autour de 9€).

Côté Médoc, le château de Côme, à Saint-Estèphe, possédé par le sémillant Baron Maurice Velge, faisait notamment découvrir sa cuvée sans sulfites, assemblage merlot-cabernet sauvignon à parts égales, débutée sur le ton de l’essai en 2011 avec 360 bouteilles. « Quand on a commencé, les gens nous disaient beaucoup ‘’ça ne se fait pas à Bordeaux’’ », glisse, sourire au lèvre, le Baron. Qu’importe les qu’en-dira-t’on, « cette démarche était naturellement dans la continuité de notre conversion au bio, avec une certification obtenue en 2018. » Faisant de son originalité une force, le Baron persiste et signe, augmentant chaque année les quantités produites, 1200 bouteilles en 2014, « à peine sorties et directement vendues », puis 1800 en 2015 et jusqu’à 2400 bouteilles sur les millésimes 2016, 2017 et 2018.

A Saint-Emilion, le responsable d’exploitation du château Petit Val, David Liorit est un hyperactif du vin, qui n’a jamais peur de se lancer dans de nouveaux essais. Outre les désormais classiques rosé et rouges (château Petit Val et Muse du Val) de la propriété, présentés hier en dégustation, il projette avec les propriétaires la création de deux nouvelles cuvées. Il a ainsi planté en 2016 du riesling, dont la première récolte sortira à environ 1600 bouteilles en 2019. Autre nouveauté, la création d’une cuvée « Margo » sur le millésime 2018, 100% cabernet franc, vinifiée et élevée en jarres, sans sulfites ajoutés, produite à 800 bouteilles. La famille Alloin, à la tête du domaine, projette également l’ouverture d’une boutique après les primeurs 2019, afin de franchir un cap de plus en dans l’oenotourisme.

Enthousiasme des dégustateurs

Avec leurs identités affirmées, ces Inclassables ne cessent de susciter, édition après édition, l’intérêt. Ainsi, Anne, inconditionnelle des dégustations « Terre de Vins », particulièrement assidue à celle des Inclassables, était encore une fois conquise par la soirée. « Sans cette dégustation, ces propriétés ne seraient jamais réunies en un seul et même lieu. Pour moi, les Inclassables sont un rendez-vous incontournable, regroupant de très bons vins commentés par les propriétaires eux-mêmes, dans un cadre superbe, avec une vue magnifique sur la Bordeaux » résumait-elle. Inclassables et immanquables, donc.