Cette semaine se tenait à Paris le salon des domaines français de l’étranger. L’occasion de faire un focus sur ces Français qui font du vin au-delà de nos frontières.

A première vue, il y a peu de choses en commun entre le Tokaj Samuel Tinon en Hongrie, les portos Ramos Pinto au Portugal ou bien encore Cheval des Andes en Argentine. Disséminés un peu partout sur la planète, ces domaines viticoles sont pourtant tous la propriété de familles ou groupes français. Car on l’oublie trop souvent, mais l’on trouve de très grands terroirs dans tous les principaux pays producteurs de vins, que ce soit les États-Unis, l’Argentine, la Nouvelle-Zélande ou bien encore le Portugal. Et concomitamment, qui dit grands terroirs dit grands vins.

Les histoires derrière ces aventures transfrontalières sont aussi diverses que les vins qui sont produits. Souvent, les réussites professionnelles dans des secteurs classiques conduisent certains entrepreneurs passionnés de vin à se lancer dans l’aventure viticole. En France, les exemples sont nombreux. Rien qu’à Bordeaux, on pense à Gérard Perse ou aux Cathiard. D’autres grands noms de la région se sont associés, pour leur part, dans le projet « Clos de los Siete » autour de Michel Rolland à Mendoza, en Argentine. La regrettée Catherine Péré Vergé, propriétaire notamment du château La Violette à Pomerol, avait ainsi créé sur place la bodega Monteviejo. On y produit de très jolis vins, à base de torrontes ou de malbec, le roi d’Argentine. C’est le cas de la cuvée Festivo qui offre en 2016 un bouquet intense de fruits noirs et une matière dense mais disciplinée.

De grands vins à découvrir

Certains jettent leur dévolu sur l’étranger comme une envie d’ailleurs, avec un certain goût d’aventure. Roger Zannier est de ceux-là. Fortune faite dans la mode pour les jeunes (il possède des marques célèbres comme Absorba, Catimini ou bien encore Chipie), il décide il y a 30 ans d’investir dans un domaine au Portugal, dans la vallée du Douro. Un lieu superbe, la Quinta do Pessegueiro. Doté aujourd’hui d’une cave ultra moderne ou toute la vinification se fait par gravité (la quinta historique est quant à elle louée pour des réceptions), le domaine produit d’excellents vins de caractère comme l’Aluzé 2012, principalement à base de Touriga Nacional, le grand cépage de la région, ou le Quinta do Pessegueiro 2013 fruité et épicé et doté d’une matière particulièrement fluide.

D’autres viticulteurs ont quant à eux d’abord fait leurs preuves dans une région avant d’aller exporter leur savoir-faire dans des régions « cousines ». La famille Bourgeois a ainsi eu le temps, en 10 générations, d’amadouer le pinot noir et le sauvignon blanc dans leur fief sancerrois. En 2000, c’est donc assez naturellement qu’une nouvelle page de leur histoire s’est inscrite dans l’autre grand pays de ces deux cépages, la Nouvelle-Zélande. Une terre bénie des dieux dont les vins réussissent à rivaliser en qualité avec notre prestigieux cru ligérien. C’est dans la région de Marlborough que fut créé le Clos Henri. Une quinzaine d’année plus tard, les vins produits impressionnent. Le pinot noir 2014 dévoile un nez de fraise bien mûre, de moka et d’épices. Un vin plus ample que son cousin français mais doté également d’une tension magistrale. Du grand art. Une aventure très similaire à celle des Drouhin, grande famille bourguignonne également présente en Oregon où le pinot noir étincèle. Tous ces vignerons ont été curieux pour s’aventurer hors de leur pré carré. Les bouteilles qu’ils produisent sont admirables et sont là pour titiller la curiosité insatiable de tout (vrai) amateur de vins.