(Photo Domaine du Peyret)
(Photo Domaine du Peyret)

A Cahors, les vignerons font grise mine. Suite aux gelées blanches tardives des nuits du 5 et 6 mai, le vignoble a été fortement abîmé. On parle déjà de 70% des vignes qui ne pourraient pas produire de raisin en 2019. Témoignages et explication, à prendre pour l’heure, avec précaution.

Le printemps 2017 reste encore dans toutes les mémoires vigneronnes : quelques nuits printanières aux températures négatives, gelant quasiment intégralement, en quelques heures, les jeunes pousses, bourgeons et inflorescences (futures grappes en formation) déjà sortis de la vigne. Malheureusement, la semaine dernière, dans la nuit de dimanche 5 à lundi 6 mai, des fortes gelées blanches (jusqu’à -4 degrés) ont sévit dans une grande partie du vignoble cadurcien, touchant principalement les parcelles de la vallée du Lot, qui représentent la majorité du volume de l’appellation.

L’interprofession annonce déjà une perte de près de 70% du vignoble de Cahors. Une projection que de nombreux vignerons partagent, même si à ce stade, « l’heure est encore aux premières évaluations », selon Armand de Gérard, membre de l’UIVC.

Entre causse et vallée, état des lieux

Ce sont dans les parcelles de la vallée du Lot, zone plus gélive que le causse calcaire, où le gel a été le plus destructeur. Là où l’essentiel du volume de Cahors est normalement produit. « Dans la vallée, les dégâts ont été particulièrement énormes », confie Armand de Gérard. Le millésime 2019 à Cahors ne pourra donc plus être celui de la quantité.

Sur les causses calcaires (pour les vignes qui n’ont pas été abîmées par l’épisode de grêle fin avril sur les secteurs de Saux et Bovila), les sorties de végétation étaient à ce stade « très jolies » avant ces gelées blanches, selon Sébastien Dauliac, vigneron au domaine Capelanel. Le gel semblerait néanmoins avoir épargné plus de surface sur le vignoble du causse.

Une observation à ce stade, qui nécessite d’être confirmée en fonction des prochaines semaines de météo. « L’impact du gel sur nos vignes n’a pas été aussi fort qu’en 2017 sur les parcelles du causse, les dégâts sont moins visibles à ce stade. Mais avec l’expérience, on sait que les problèmes surviennent à la suite de ces coups de froid, notamment au moment de la floraison, surtout sur notre cépage malbec très très sensible à la coulure, donc des rendements qui chutent radicalement ». La coulure, c’est une floraison qui avorte, des capuchons floraux (censés se transformer) qui ne tombent pas, donnant des grappes de raisins trop clairsemées. « Il y a deux ans, sur des vignes gelées, ma vendange n’a pas dépassé les 9 hectolitres/hectare », se souvient Sébastien Dauliac (l’appellation Cahors a un rendement de base autorisé à 50 HL/HA).

Un constat partagé par Julien Ilbert, vigneron au domaine Combel La Serre : « C’est important de regarder les prochaines semaines, et de refaire un nouvel état des lieux après la fleur. Avec plusieurs semaines de grand soleil et peu de pression maladie, on peut espérer voir une fleur qui ne se déroule pas trop mal sur les vignes qui n’ont pas été grillées », analyse le vigneron.
Un état des lieux devra être fait après la période de floraison, permettant à ce moment là, d’établir une cartographie précise des pertes suite aux gelées printanières dans toute l’appellation.

S’assurer contre le gel ?

Alors que les épisodes climatiques néfastes pour les vignes de Cahors se multiplient ces dernières années, seuls 15% des vignerons de l’appellation ont fait le choix de prendre une assurance. « Le millésime 2017 m’a traumatisé, je ne veux pas le revivre, je souscris désormais à une assurance pour protéger mon entreprise », explique Sébastien Dauliac. Des montants d’investissements en assurance qui diffèrent selon les franchises et les contrats choisis par les vignerons, mais qui ne semblent toujours pas faire l’unanimité.

Julien Ilbert, lui, espère dans la recherche météorologique qui, si elle était plus précise, permettrait de mieux anticiper ces épisodes de gel : « On ne l’a pas vu venir cette gelée là, il faut que nous puissions être mieux préparés, avoir des stations météos plus fiables, mieux savoir comment gérer ces épisodes ». Des feux de paille, par exemple, ont été observés dans de nombreux vignobles français, permettant, selon les vignerons de protéger les jeunes pousses du gel grâce à un épais écran de fumée.
Maurin Béranger, président du syndicat de défense des Vins de cahors, espère quand à lui, une aide des collectivités pour des installations collectives de bougies et de tour de ventilation, dispositifs de lutte contre le gel.