Hier soir à Bordeaux, en marge de Vinexpo, à l’invitation de « Terre de Vins », une trentaine de propriétés de la prestigieuse appellation de la rive droite bordelaise se laissaient découvrir, entre présentation de leurs vins empreints d’histoire, et nouveaux projets les inscrivant dans leur temps.

Pomerol. Un nom mythique qui fait rêver. Et ce ne sont pas les quelque 600 amateurs et professionnels au rendez-vous hier soir au Grand Théâtre de Bordeaux qui diront l’inverse. S’ils étaient là, c’était pour déguster le millésime 2016 ainsi qu’un autre au libre choix de la trentaine de propriétés présentes sur la centaine qu’en compte cette appellation, l’une des plus petites du vignoble bordelais, avec ses 800 ha. Sur ces terres, les vignerons chérissent l’emblématique merlot, occupant plus de 80% des surfaces, et cultivent leurs vignes dans une philosophie de haute-couture, donnant naissance à seulement quelques milliers de caisses de vin rouge par an. Mais, s’ils respectent les traditions, loin de vivre exclusivement dans le passé, ces domaines n’oublient pas d’innover. La preuve par quatre.

Mon bio Pomerol

L’une des marques de l’adaptation de Pomerol aux considérations modernes et attentes du consommateur se manifeste indéniablement par la prise en compte croissante des enjeux environnementaux. Ainsi, fort de l’expérience acquise au château Fonroque, Alain Moueix s’est penché au château Mazeyres sur le sujet depuis 2009, avec une certification bio en 2015 et biodynamie en 2018. « C’est important de venir expliquer cette démarche, mais aussi de déjouer les craintes des gens en termes de prix ou leur peur de ne pas avoir les connaissances suffisantes pour apprécier Pomerol, en créant un réel échange » assure, conviancu, Jean-Michel Bernard, chef de culture de la propriété, qui rappelle que les millésimes 2015 et 2016 en dégustation ce soir-là oscillent à la vente autour d’une quarantaine d’euros.

La philosophie environnementale est aussi de mise au château Vray Croix de Gay, certifié bio depuis 2018. A la direction de ce domaine de 3,6 ha racheté en 2014 par la famille Pinault, la directrice technique Pénélope Godefroy a auparavant fait ses armes durant sept ans au château Latour, certifié bio en 2018, et où des essais en biodynamie sont menés de longue date. Accompagnée dans cette démarche par Jean-Claude Berrouet, figure emblématique de Petrus, l’œnologue tient viscéralement à ces pratiques « tant pour le respect des équipes et de l’environnement, que pour leurs effets notoires sur les vins. » Dominés par le merlot accompagné de cabernet franc, les crus expriment désormais selon elle « un meilleur respect du terroir, plus de fruit, d’élégance, et sont plus précis, complexes, et éclatants. » En attendant de déguster le premier millésime certifié bio, la propriété proposait hier son 2014, « dans un style plus classique et frais que son 2016, à l’équilibre un peu plus complexe. »

Grands travaux en cours

Sur d’autres propriétés, c’est en matière de bâti que les grandes manœuvres sont engagées, comme par exemple au château Certan, dans la famille de Jean-Luc Barreau depuis un siècle. Après un agrandissement du vignoble il y a quatre ans, portant sa surface à 6 ha plantés à 80% de merlot, 17% cabernet franc et 3% cabernet sauvignon, le propriétaire a, « pour porter une évolution et préparer l’avenir », entamé en janvier 2018 une rénovation de taille. « C’est simple, tout a été repensé », résume-t-il. Un nouveau cuvier est donc sorti de terre, mis en action pour les vendanges 2018, l’ancien cuvier converti en chai de vieillissement de 1e année, et un 2e chai totalement réaménagé pour accueillir les barriques en 2e année. Un espace de stockage bouteilles ainsi qu’une salle de réception ont aussi été pensées. En attendant la fin des travaux, prévue pour 2020, la propriété faisait déguster hier soir son 2016, « un très beau millésime au fruit frais, sur des notes d’amande, à la très belle complexité aromatique », mais aussi le légendaire 2010, « millésime ensoleillé, très riche et élégant, tout en dentelle et finesse, avec de douces notes empyreumatiques. »

A quelques encablures de château Certan, le château La Pointe, détenu depuis 2007 par la compagnie d’assurances Generali France, s’est lui aussi refait une beauté. Avec sa surface d’une vingtaine d’hectares, ce domaine est l’un des plus importants de l’appellation. Après une restructuration du vignoble entamée il y a dix ans, ayant abouti à un encépagement actuel à 85% merlot et 25% cabernet franc, les bâtiments ont été repensés au fil de travaux d’une durée d’un an, achevés pour les vendanges 2018. Le cuvier a été agrandi « pour une meilleur suivi parcellaire, levier supplémentaire dans le détail et la qualité des vins », sa porte encadrée par un mur végétal rappelant l’engagement environnemental de la propriété abritée au cœur d’un parc préservé de 2ha, déjà dotée de panneaux photovoltaïques depuis dix ans, et désormais engagée dans le SME et certifiée HVE. Aux côtés de son 2016, la propriété présentait son 2013, « millésime malaimé, pourtant bon à découvrir jeune, sur le fruit, croquant et gourmand… Un vin parfait pour attendre 2016 ! »

Après les grands étrangers et Pomerol, rendez-vous ce mercredi soir (18-21h) pour la désormais traditionnelle dégustation des « Inclassables » organisée chaque année depuis quatre ans par « Terre de Vins » sur le toit de la Banque Populaire Aquitaine Centre Atlantique, rive droite de la Garonne, avec vue imprenable sur Bordeaux.

Photographies Michaël Boudot et Jordan Duprat