Inauguré jeudi 12 octobre au domaine agricole du Chapitre, au sud de Montpellier, le Mas Numérique, première exploitation viticole connectée au monde, utilise les technologies numériques les plus abouties pour sa production. Associant 14 entreprises françaises du numérique, ce living lab dans les vignes va tester sur trois ans 15 innovations agri-intelligentes interconnectées, au service de la viticulture de demain.

A priori, rien ne distingue le Domaine agricole du Chapitre, plateforme expérimentale de Montpellier SupAgro en exploitation à Villeneuve-lès-Maguelone (Hérault), des autres propriétés viticoles. Pourtant, les rouges, rosés, blancs de la vendange 2017 bénéficient des dernières technologies numériques au service de la viticulture. Fini le pluviomètre dans un coin de la cour, inutiles les baies goûtées à la parcelle par le vigneron pour établir la maturité qui déterminera la date des vendanges. Ils ont été remplacés tout au long du processus de production des vins, par 15 outils numériques de dernière génération : parmi eux, Agriscope, une station météo communicante diffusant toutes les 15 minutes des données micro-climatiques (pluviométrie, température, hygrométrie, etc.) qui une fois modélisées, permettent au vigneron d’optimiser sa stratégie de lutte parasitaire en pilotant des programmes mildiou et oïdium à la parcelle ; ou Dyostem, un appareil de mesure de la quantité de sucre par baie développé par Vivelys. Dressant une courbe de suivi de la maturation des parcelles, il détermine la date de récolte.

15 solutions numériques interconnectées

Unique au monde, le Mas Numérique inauguré ce jeudi 12 octobre, réunit les apports technologiques de 14 entreprises du numérique partenaires, dans le cadre d’un projet sur trois ans (2017-2020) porté par Montpellier SupAgro. Il est soutenu dans un cadre mécénal par les entreprises Smag (fournisseur d’Agreo, un logiciel qui intègre toutes les solutions des partenaires), Vivelys (outils d’aide à la décision pour le vignoble), Pera Pellenc (pressoirs intelligents et connectés) et ITK (outils de caractérisation du stress hydrique). « Toutes les technologies testées au Mas Numérique sont actuellement commercialisées. Complémentaires, elles sont déployées tout au long du processus d’élaboration des vins. L’enjeu à présent est de voir comment elles s’interconnectent efficacement entre elles pour aider la production », explique Thomas Crestey, ingénieur de recherche à Montpellier SupAgro et responsable du Mas Numérique.

Ces solutions, déployées depuis janvier 2017 sur les 35 ha de vignes et dans le chai de vinification du domaine du Chapitre, offrent leurs premiers résultats. « Nos 7 permanents les ont adoptées facilement d’un point de vue ergonomique, même si on observe quelques doublons du fait de la juxtaposition, avec des tâches qui peuvent se répéter d’un outil à l’autre, remarque Christophe Clipet. Pour le directeur du domaine du Chapitre, cette première année de recul confirme l’apport considérable de ces technologies : « Le vigneron reste maître à bord dans les prises de décisions. On fait toujours le plus beau métier du monde, mais en s’appuyant sur des solutions validées qui viennent conforter nos choix ! », remarque-t-il.

Un enjeu de démystification

Pour les 14 entreprises partenaires du Mas Numérique, l’enjeu est double : à la fois parce qu’il permet, par la confrontation des innovations sur un lieu unique et dans un cadre académique leur offrant une légitimité, d’amener de la valeur ajoutée et de « créer ainsi une intelligence collective permettant de défendre un modèle d’innovation français », argumente Philippe Stoop, responsable innovation chez ITK.
Mais surtout, parce que ce site de démonstration peut démystifier ces solutions, encore faiblement adoptées par la profession. « Ces technologies existent, mais ce sont des gros mots tant que ça ne rentre pas dans la pratique, admet Didier Robert, directeur général de Smag. L’enjeu de cette vitrine est de démystifier et montrer l’efficacité de l’apport de ces technologies pour répondre aux objectifs d’une exploitation viticole ».

L’autre frein sur le terrain étant l’adoption de ces technologies par les techniciens, les ouvriers agricoles, le Mas Numérique intègre à ses missions un dispositif de formation continue « sur-mesure » pour les professionnels. Dans le cadre de leur formation initiale, « les étudiants de SupAgro mais aussi des jeunes en formation agricole pourront découvrir et manipuler ces nouvelles technologies. Dès décembre, on va commencer à lancer sur place des formations continues pour les professionnels de l’agriculture », annonce Thomas Crestey.