(photo Laurent Theillet)
(photo Laurent Theillet)

Hervé Berland dirige la holding des domaines de Martin et Olivier Bouygues (Château Montrose, Clos Rougeard, etc.). Il revient sur la reprise du domaine Rebourseau (Gevrey-Chambertin) prévu pour la fin de l’année.

Qu’est-ce qui a conduit les frères Bouygues à investir en Bourgogne ? En quoi cette région vous intéresse-t-elle ?
Martin et Olivier Bouygues recherchent la haute qualité en matière de vins et de spiritueux et nous sommes animés d’un même désir de bien faire sur des terroirs exceptionnels. Nous avons investi dans de très belles propriétés, des pépites, comme le Clos Rougeard (Saumur). Une fois à Bordeaux ou encore dans en Val de Loire, être en Bourgogne s’inscrit dans la logique des choses. Nous recherchions ce genre d’opportunité.

Depuis combien de temps recherchiez-vous ?
Depuis un an ou deux. Ces opportunités sont souvent une question de rencontres. Nous avons été mis en contact avec la famille de Surrel (à la tête du domaine Rebourseau). Après avoir échangé avec eux, nous avons conclu que nous étions faits pour nous entendre.

On dit souvent que la Bourgogne est compliquée. Pas tant que cela à vous entendre ?
En Bourgogne il n’y a pas grand-chose à vendre. La complication est surtout là : il n’y a pas de dossier mis sur la place publique pour se présenter au mieux offrant. Ce n’est pas comme cela que les choses se passent mais plutôt par des mises en contact.

Qu’est-ce qui vous a convaincu d’investir précisément dans ce domaine ?
C’est le terroir ! Vous savez que c’est là que tout commence. Le Château Montrose, on peut le dire aujourd’hui, était une belle endormie. Il y a un terroir fabuleux qui était insuffisant mis en valeur. La qualité du terroir ne se traduisait pas suffisamment dans les bouteilles. Le domaine Rebourseau dispose d’une base de terroirs exceptionnels. La moitié ou presque est située en grands crus, c’est rare. A ce niveau, il est beaucoup plus facile de trouver la signature et la résonance du terroir et de faire de grands vins. Ce que nous allons nous employer à faire aux cotés de la famille de Surrel.

Quels sont les points, les leviers d’amélioration, qui vous avez identifié pour faire progresser ces vins ?

Le travail est encore en cours pour identifier les besoins aussi bien sur les grands crus que les appellations villages. Il y a des choses à modifier dans l’outil de travail. Le projet de rénovation sera lancé dans les mois qui viennent.

A titre personnel quelle image avez-vous de la Bourgogne ?
En tant que Bordelais j’ai toujours eu les yeux de Chimène pour la Bourgogne. On s’imagine parfois une animosité entre ces deux vignobles, c’est dommage. Entre bordelais et bourguignons on s’entend bien. Il y a beaucoup de gens que j’apprécie en Bourgogne. Et j’espère faire connaissance d’autres personnes… Au cours de ma carrière, j’ai toujours bu des vins de Bourgogne au côté des vins de Bordeaux. Je ne suis pas un spécialiste de la Bourgogne, ce n’est pas moi qui ferai le vin au domaine Rebourseau, une équipe va être redéfinie. Chardonnay et Pinot noir sont des cépages qui ont été plantés à droite et à gauche mais c’est en Bourgogne qu’ils s’expriment le mieux.

Les Bordelais sont souvent davantage attirés par les blancs de Bourgogne vu le nombre important de grands rouges existant dans leurs vignobles…

Les vins rouges de Bourgogne et de Bordeaux sont deux expressions différentes. J’ai vraiment découvert le cabernet-franc avec le Clos Rougeard qui est à 100% cabernet-franc. Ce cépage a cette capacité, comme le pinot noir et le chardonnay, d’exprimer les terroirs en mono-cépage de manière exceptionnelle. C’est remarquable. Dans le Médoc, les cabernets-francs sont bien meilleurs assemblés avec des merlots et des cabernets-sauvignons. En Bourgogne, le pinot noir n’a besoin de rien d’autre. C’est un cépage unique. Même travaillé seul il arrive à exprimer une complexité totalement surprenant. C’est le terroir bourguignon qu’il l’aide à faire cela. Je suis un amoureux de la Bourgogne et des grands vins.