La maison presque bicentenaire vient de dévoiler deux nouvelles cuvées : le blanc de noirs 2009 brut nature et le millésimé 2008. Deux belles bouteilles de style diamétralement opposé.

D’un côté il y aurait les vignerons de champagne, discrets, aux exploitations de petite taille, et de l’autre les grandes maisons aux moyens colossaux, présents sur tous les fronts de la communication. Eh bien Joseph Perrier fait mentir cet état de fait puisque cette belle maison implantée depuis sa création en 1825 à Chalons en Champagne, s’avère d’une certaine discrétion. Appartenant au groupe Thiénot aux côtés du champagne Canard-Duchêne, Joseph Perrier n’en est pas moins toujours dirigé par la même famille depuis 1888.

Jean-Claude Fourmon, représentant de la cinquième génération, est aujourd’hui épaulé par son fils, Benjamin. A 30 ans, il s’imprègne de la Maison, participe aux grandes étapes de production et apprend dans l’optique de reprendre à terme les rênes dans. Et les dernières années s’avèrent particulièrement instructives avec la succession de deux millésimes, 2008 et 2009, chose rare en Champagne. Deux années aux styles bien différents. Alors que 2008 s’annonçait catastrophique jusqu’à la fin de l’été, le mois de septembre a entièrement sauvé la récolte et fait mieux que ça. Les raisins ont pu atteindre un équilibre presque souverain donnant aujourd’hui de très grands vins fins et équilibrés. Ce qui fait dire à Jean-Claude Fourmon que 2008 pourrait être le digne successeur de l’exceptionnel millésime 2002, notamment grâce à une très grande capacité de garde. 2009 pour sa part était à l’opposé. Des indicateurs au vert, beaucoup de soleil, des conditions beaucoup plus faciles ayant donné des vins au profil plus large que leurs prédécesseurs. Une diversité que l’on retrouve dans les deux nouvelles cuvées présentées cette semaine par Joseph Perrier.

Entre classicisme et originalité

Le style Joseph Perrier est bien reconnaissable, avec des vins très élégants, dotés d’une belle fraîcheur. A n’en pas douter, la nouvelle cuvée royale brut vintage 2008 (47€) s’inscrit parfaitement dans cette ligne. Ce vin, dont le nom fait écho à la reine Victoria et son fils Edouard VII qui en furent les admirateurs les plus célèbres, est majoritairement à base de chardonnay (50%) et de pinot noir (41%), le pinot meunier venant compléter l’ensemble en apportant un surcroit de complexité. A la dégustation, c’est le très beau toucher de bouche qui impressionne. La finesse de sa bulle s’accompagne d’une grande fraîcheur laissant apparaître quelques notes truffées qui promettent de grands accords gastronomiques, par exemple sur des langoustines truffées.

Le blanc de noirs 2009 (52€) appartient pour sa part à une autre dimension. Cette cuvée, née en 2008 presque par hasard et issue d’une très belle parcelle de 77 ares – la « côte à bras » à Cumières, se présente sous des auspices bien différents pour ce second opus. Au programme, une robe légèrement saumonée qui laisse deviner un vin original. Les notes de pamplemousse, florales et légèrement grillées au nez témoignent de sa complexité. En dépit d’une certaine largeur en bouche, le vin n’en demeure pas moins assez frais grâce à une acidité discrète et une subtile salinité. Un vin déroutant, très original, qui prouve que cette auguste maison ose emmener ses consommateurs vers d’autres univers sans pour autant perdre son âme. Ce blanc de noirs 2009 est en effet un clin d’œil produit de manière confidentielle à moins de 10 000 bouteilles.