(Photos Mumm/Novespace)
(Photos Mumm/Novespace)

Mumm a travaillé sur une bouteille unique qui permet de boire du champagne en apesanteur. L’exercice n’est pas si aisé ! Des tests ont eu lieu hier au dessus de la Champagne.

Alors que le tourisme de l’espace n’est plus une fiction (on attend les premiers vols commerciaux dès 2019), Mumm s’est plongé depuis 3 ans sur une problématique peu courante : créer une bouteille qui permette de consommer du champagne en conditions d’apesanteur. 3 ans de recherche ont été nécessaires pour pouvoir reproduire le geste convivial de trinquer autour d’une bouteille de champagne !
« Dès que l’on commence à voler en apesanteur, des contraintes insoupçonnées apparaissent, explique Gérard Liger-Belair, physicien spécialiste de mécanique des fluides à l’Université de Reims. C’est grâce à la gravité que le champagne s’écoule dans le verre, cela paraît normal, mais en apesanteur, le liquide reste dans la bouteille même retournée, il n’a aucune raison de sortir. Le premier obstacle est donc de l’extraire »

Pour ce faire, Mumm a travaillé avec le designer Octave de Gaulle (Agence Spade, spécialisée dans le design d’objets spaciaux) qui a élaboré une bouteille en deux parties, d’une contenance de 37,5 cl, remplie de Mumm Grand Cordon. Comme dans une bouteille d’oxygène de plongée où l’on fournit l’air au plongeur grâce à un détendeur, la bouteille créée par le designer comporte en son centre un cylindre-valve relié à un clapet au bas de la bouteille. En actionnant ce clapet, on peut donc pousser le liquide vers l’extérieur.

Deuxième difficulté rencontrée : le liquide qui sort contient du gaz dissous et forme une mousse qui prend la configuration de micro-sphères (forme permettant l’état d’énergie minimum) diffuses dans l’atmosphère. Il faut donc les rassembler, et en apesanteur, les forces de surface sont celles qui font la loi. C’est donc le rôle de l’anneau métallique situé au col de la bouteille. Par forces de tension, les gouttes vont être captées et piégées dans l’anneau jusqu’à former une boule de taille suffisante pour pouvoir, d’un geste du poignet, l’éjecter en apesanteur. Il ne reste plus qu’à « gober » le champagne façon Capitaine Haddock dans « On a marché sur la lune », ou bien le capter au moyen d’une petite flûte en verre pour le porter à ses lèvres !

Afin de valider les tests, Mumm s’est rapproché du spationaute Jean-François Clervoy dont la société Novespace exploite l’Airbus Zéro-G, un avion transformé en laboratoire européen d’apesanteur pour tests spaciaux ! Le principe est le suivant : l’Airbus va effectuer en vol des figures paraboliques calibrées, et en s’inclinant de 60° dans les airs vers le haut puis vers le bas, va reproduire dans le cockpit une situation d’apesanteur pendant… 22 secondes. La procédure est reproduite 2 minutes plus tard, le tout 16 fois.

Hier, L’Airbus Zéro-G a donc volé au dessus de la Champagne, avec à son bord une trentaine de scientifiques, journalistes et personnalités. Raimonds Tomsons, meilleur sommelier d’Europe 2017, faisait partie du voyage. « Le premier effet frappant est visuel, voir ces boules de mousse de champagne flottant autour de vous, qu’il faut attraper !, explique le sommelier letton. Il est difficile d’analyser le nez en détail, tout va très vite, mais il ressort plus vineux. L’expérience la plus surprenante est la mise en bouche, car cette mousse a une texture extraordinaire, très onctueuse, qui remplit immédiatement toute votre bouche et tapisse l’ensemble de vos papilles en même temps. C’est une sensation unique. » Le sommelier note aussi que – comme en altitude – l’alcool monte à la tête plus rapidement, ce que confirme le spationaute Jean-François Clervoy car le flux sanguin est modifié, donnant l’impression de ressentir les choses différemment, et le cerveau est davantage irrigué par le sang.

Pas de quoi, toutefois, consommer autrement qu’avec modération ! Au bout de 22 secondes, les bulles de mousse retrouvent les dures lois de la pesanteur et s’échouent, simples cendrillons, en gouttes de champagne sur le sol !