Ci-dessus : vignes semi-larges sur le site de Plumecoq du Comité Champagne (Photo : Guillaume Perrin)
Ci-dessus : vignes semi-larges sur le site de Plumecoq du Comité Champagne (Photo : Guillaume Perrin)

+1,5°C. Si l’on se réfère au dernier constat du GIEC (Groupement d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat) en 2018, le réchauffement climatique au-dessus de 2°C pourrait avoir des effets notoires et irréversibles sur la vie humaine et animale. En Champagne, sur les 30 dernières années, la température a grimpé de 1,1°C en moyenne. Pour tenter d’enrayer ce phénomène climatique, le Comité Champagne a décidé d’agir.

Le développement durable est un sujet cher à la Champagne. Et pour cause, le Comité Champagne est la première interprofession viticole à avoir établi son bilan carbone, et ce, depuis 2003. Plus généralement, depuis 15 ans, les services vigne et vin de l’interprofession champenoise se mobilisent.

Le domaine expérimental de Plumecoq, à Chouilly, près d’Épernay, sorte de « labo » à ciel ouvert du Comité , est un exemple. Sur cette Digiferme® de 10 hectares d’un seul tenant, la vigne est soumise aux essais et à la recherche des services de l’interprofession. Un site éco-conçu où numérique, robotique, stations météos côtoient un environnement naturel.

À retenir : les conséquences du réchauffement climatique

Pour faire simple en Champagne, la température a augmenté de 1,1°C en moyenne sur les 30 dernières années. La pluviométrie reste stable évaluée à 700 mm par an, les gelées de printemps quant à elles sont en légère augmentation.
Ce qui donne des raisins moins acides, avec davantage de maturité, qui sont donc plus chargés en alcool (+0,7%) avec des dates de vendanges plus précoces (-18 jours en moyenne).

A partir de ce constat, le Comité Champagne décline sa « boite à outils » par le biais d’actions ciblées.

À température plus élevée, cépages plus résistants.

L’hybridation variétale qui consiste à croiser l’espèce de vigne européenne la plus plantée Vitis Vinifera à d’autres espèces américaines résistantes aux maladies les plus fréquentes que sont l’oïdium et le mildiou.
À noter que depuis 2010, la Champagne participe au programme INRA-ResDur en évaluant in situ des variétés candidates à l’inscription au Catalogue français. Pour la première série de variétés, plantée en 2011-2012, l’évaluation a abouti à l’inscription de quatre nouvelles variétés : Voltis, Floreal, Artaban et Vidoc.
La création variétale est un processus relativement long, généralement sur 15 ans (de la sélection précoce à l’inscription au Catalogue français) puis au cahier des charges de l’AOC des nouvelles variétés. Administrativement parlant, Il faudra probablement attendre 2030 pour apercevoir les nouvelles venues dans le vignoble champenois.

À température plus élevée, modes de conduites à modifier

Le travail du sol (enherbement, désherbage mécanique, labour…) permet de limiter les effets du réchauffement climatique en contribuant à la minéralisation des sols et en augmentant l’absorption de l’azote par la plante. Ce qui se traduit par une réserve d’acidité totale et des pH plus bas indispensables à l’équilibre des moûts de raisins.

D’autre part, au chapitre « travail du sol » et robotique, le Comité Champagne met actuellement à l’essai BAKUS, un robot 100% autonome, polyvalent de la start-up VITIBOT dans ses parcelles, une alternative au désherbage chimique et qui s’inscrit dans les objectifs de la filière (en savoir plus).

À retenir : les pratiques culturales

– La gestion de la hauteur et la densité du feuillage en favorisant la pousse de jeunes feuilles, principales sources d’acide malique, un acide qui participe notamment à la saveur générale d’un vin.
De même qu’un effeuillage précoce et moins sévère agira comme un « parasol » naturel face à des températures plus élevées.

– Les vignes semi-larges : l’idée est d’augmenter l’espace entre les rangs de vignes (actuellement il est de 1m10), pour passer entre 1,80 et 2,20m. Outre le fait de favoriser l’enherbement, la diminution des intrants et des passages, les conséquences mesurables d’un premier bilan du CIVC montre que les vignes semi-larges sont moins sensibles aux gels de printemps, bénéficient d’une meilleure résistance à la contrainte hydrique et enfin permettent de préserver l’acidité des raisins.

– La maturation des raisins via le « Réseau Matu », une vigie composée de vignerons, maisons et bénévoles qui évalue l’état sanitaire des raisins, de sa maturation (en les goûtant, bien sûr) et donc des dates de vendanges afin de s’adapter aux conséquences du changement climatique (dates, circuit et conditions de la cueillette).

Enfin des préconisations sur le plan œnologique sont également mises en place en cuverie comme dans les vignes avec par exemple l’aménagement des heures de cueillettes (aux heures les plus fraîches), l’utilisation de caisses de vendanges de couleur claire (-5° en moyenne), un levurage précoce…

Le Comité Champagne qui par ailleurs s’est fixé des objectifs ambitieux mais réalisables entend-on (-75% d’empreinte carbone d’ici 2050, zéro herbicide en 2025, 100% des exploitations certifiées à l’horizon 2030) se positionne en chef d’orchestre face à un défi plus incertain qu’est le réchauffement climatique.

Infos et actualités du Comité Champagne : www.champagne.fr