(Photos F. Hermine)
(Photos F. Hermine)

Une nouvelle vitrine, des études en cours et une nouvelle génération de vignerons, repreneurs d’exploitations familiales ou nouvellement installés, pour redynamiser l’appellation 100% Syrah du Sud du Rhône nord.

Cornas s’est offert une corbeille de nouveautés et projets pour les 80 ans de l’AOC née en août 1938 : la mise en ligne de son premier site internet aoc-cornas.fr, esthétique et très complet, un nouveau logo en forme de ligne de crête évoquant les vignobles en coteaux de l’appellation, et un slogan « Haut le Rhône, Oh le Vin ». L’appellation ardéchoise, dans le sud du Rhône Nord (145 ha en production, 5200 hl en moyenne) a lancé avec l’appellation voisine de Saint-Péray la lutte contre la flavescence dorée. « Le syndicat devenu ODG pour une vision à long terme s’est aussi donné comme priorité l’aide à l’installation des jeunes vignerons et la protection du vignoble contre l’urbanisation en collaboration avec les collectivités territoriales » a précisé Anne Colombo, président de l’appellation. A également été lancée avec l’Université de Montpellier une étude sur la biodiversité dans l’optique de préserver des espaces sauvages dans les coteaux.

La menace de Valence

Cornas qui bénéficiait d’une belle notoriété au 19ème siècle, la deuxième derrière Hermitage dans la vallée du Rhône, a pourtant failli disparaitre. D’abord à cause du phylloxera comme beaucoup d’autres vignobles et plus tard, rongé par l’urbanisation croissante de Valence à partir des années 50. L’après-guerre avait vu naître plusieurs coopératives regroupant souvent les vignerons de Cornas ne produisant que des rouges à 100% Syrah et de Saint-Péray uniquement en blancs (marsanne, roussanne). « Mon grand-père allait livrer le vrac en carriole dans les bistrots entre Valence et Tournon, évoque Robert Michel. Depuis 2016, on ne peut vendre du cornas qu’en bouteilles ».

« La véritable renaissance a démarré grâce à Georges Besseney à l’initiative de la Confrérie de la Syrah et de la Roussette et de la création du premier marché des vins de Cornas chaque début décembre, se souvient Alain Voge. On a alors commencé à susciter l’intérêt des grands restaurateurs d’abord en région puis à Lyon et Paris, et ensuite des exportateurs anglo-saxons ». Cela n’empêche pas la pression foncière de s’accroître à quelques pieds de vignes de Valence. Cornas s’étendait sur 128 ha avant le phylloxera, une cinquantaine après la deuxième guerre mondiale avant d’atteindre à nouveau 84 ha en 1995 et de dépasser la centaine au milieu des années 2000, près de 150 aujourd’hui produisant en moyenne 5200 hl.

Le courage en héritage

Cornas doit son renouveau et son dynamisme à des locomotives et grands défenseurs du terroir comme Alain Voge et Albéric Mazoyer remplacé par Lionel Fraysse, Robert Michel, Thierry Allemand, les Colombo, les frères Courbis, les frères Durand, l’arrivée de négociants rhodaniens dynamiques tels Michel Chapoutier, Ferraton, Paul Jaboulet, Les Vins de Vienne, et plus récemment la Maison Nicolas Perrin devenue Les Alexandrins… et la cave de Tain.

Cornas sur son coteau exposé plein sud près du 45ème parallèle contemple toujours l’urbanisation galopante de Valence de l’autre côté du Rhône, mais a su préserver son vignoble notamment grâce à la vigilance de ses élus qui ont mis en œuvre une ZAP (Zone de Protection Agricole) pour éloigner les promoteurs. Il faut être dur à la tâche pour exploiter ces vignes pentues au sol granitique qui culminent à 350-400 m d’altitude. La nouvelle génération de vignerons, une quinzaine de moins de 40 ans sur la soixantaine de l’AOC, n’a pas déserté même si elle peine parfois à s’installer. Elle a su faire évoluer le style de ces vins rustiques « que l’on ne savaient pas toujours élever en bois au moins pendant une bonne partie du siècle dernier, reconnait Robert Michel. Ils devaient pourtant être élevés pour calmer la puissance du granit et gagner en élégance. Aujourd’hui, on maîtrise mieux l’élevage mais ils restent des vins corsés et charnus qui méritent toujours qu’on les attende quelques années ».

A découvrir la production des « jeunes » viticulteurs, les derniers installées comme les domaines éponymes de Guillaume Gilles et Mickaël Bourg, Matthieu Barret du Domaine du Coulet (le plus gros producteur de l’appellation avec 18 ha), Stéphane Robert du Domaine du Tunnel, et les nouvelles générations d’anciens domaines, Olivier Clape, Franck Balthazar, Corinne Lionnet, Laure Colombo dans son jeune domaine de Lorient (le 1er millésime en 2016).