Si ce titre vous a fait sourire, ou du moins s’il a soulevé votre… curiosité, cela confirme que le pari des producteurs du Château la Levrette est bel est bien gagné. Mais au-delà de l’étiquette évocatrice, c’est le contenu de la bouteille qui est la clé du succès de ce bordeaux supérieur.

Pour faire sa place dans le monde très concurrentiel du vin, il vaut mieux avoir de gros moyens – ou à défaut, avoir de bonnes idées. De moyens, les propriétaires du Château la Levrette ne manquent certainement pas : il en faut pour créer une propriété viticole à partir de zéro. Mais ce sont clairement les idées qui leur ont permis, en à peine cinq ans, de créer le « buzz » autour de leur vin, et de l’imposer sur de nombreuses tables prestigieuses.

Partis de zéro

Lorsque Lætitia Mauriac décide en 2004 de se lancer avec son frère Arthur dans cette aventure, aucun n’a d’expérience préalable dans la conduite d’un vignoble. Certes, il y a bien des antécédents familiaux (leur arrière-grand-père a participé à la création de la maison de négoce Mähler-Besse) et Arthur s’est illustré dans d’autres branches du secteur viticole (les produits alternatifs à la barrique Pronektar), mais la création d’une marque de toutes pièces est une autre affaire ! Ils décident pourtant de se lancer dans ce projet un peu fou, et Arthur – décédé depuis – confie la direction du projet à sa sœur Lætitia. Elle raconte : « nous avions deux options, soit faire un vin basique avec beaucoup de volume, soit partir sur une petite structure, pour produire un vin de haute qualité, dont nous serions fiers et que nous aimerions boire. C’est ce second choix que nous avons fait : celui d’un bordeaux supérieur « de prestige ». Nous nous sommes donc mis en quête d’un vignoble à reprendre, et c’est près de Blaye que nous avons trouvé notre bonheur : deux parcelles couvrant une superficie de 7 hectares (6 en rouge, 1 en blanc) et présentant un magnifique potentiel, par son état et sa situation comme par l’âge des vignes, de 15 à 30 ans ».

Il s’agit alors de créer intégralement un vin, et une marque. Pour Lætitia Mauriac, les deux vont de pair. « Nous voulions produire un vin présentant de hautes qualités – finesse, élégance – et nous nous sommes mis en quête d’un nom pouvant évoquer ces notions, tout en étant évidemment « vendeur ». Après une séance de brainstorming, nous nous sommes arrêtés sur le Château la Levrette. En référence à la femelle du lévrier, pour le côté racé, noble, fidèle. Mais en ayant bien conscience que la double connotation, évidente sans être grossière, ferait parler d’elle… » La campagne de promotion vidéo lancée l’année dernière sur le web joue d’ailleurs habilement avec ce double sens…


Bien conscients de l’importance du marketing lorsqu’on lance une nouvelle marque, Lætitia et Arthur Mauriac ont soigné l’allure de leur vin, avec une bouteille élancée, et une étiquette à la fois épurée et suggestive, signée Benoît Cannaferina. « Sur certains marchés, notamment à l’export, le design peut jouer un rôle crucial, confie Lætitia Mauriac. Mais il faut surtout que le contenant reflète le contenu, et donc que le vin soit à la hauteur de son packaging. »

Faire du vin, et le vendre

D’importants efforts ont été investis pour signer un vin correspondant aux ambitions élevées des Mauriac. Vendanges en vert, récoltes à la main, rendements maîtrisés à 30 hl/ha, vinifications assurées par Gilles Thomas, maître de chai du Château Segonzac (éminent voisin blayais qui loue une partie de ses chais au Château la Levrette) avec les conseils de l’œnologue Nicolas Piffre… Si le premier millésime, 2006, s’est montré immédiatement prometteur, le style de la Levrette s’est précisé progressivement, avec un élevage mieux dosé (moins de bois neuf), notamment. « Nous voulons signer des vins qui soient indéniablement bordelais, qui aient de la noblesse et un grand potentiel de garde, mais qui aient aussi de la concentration, un fruit expressif, qui ne soient pas masqués par le boisé. Sur notre blanc notamment (un 100% sauvignon), nous recherchons la parfaite maturité des raisins, à la limite du botrytis, que nous associons avec un passage de 6 à 8 mois en barrique. Le rouge quant à lui (60% merlot, 40% cabernet sauvignon) est élevé 14 mois en moyenne ».

Quand le millésime le permet, le Château la Levrette produit également un clairet et, depuis 2008, il signe même un second vin, La Combe des Dames. Au total, le domaine produit un peu plus de 22 000 cols par an. La commercialisation s’échafaude suivant une stratégie bien établie, entre restauration haut de gamme (Cordeillan-Bages à Pauillac, le Chapon Fin à Bordeaux, Drouant à Paris), cavistes ciblés, vente directe et vente en ligne. L’export est aussi, bien entendu, un volet essentiel : Hong-Kong, Pays-Bas, Belgique, Nouvelle Calédonie… en attendant, bientôt, les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’Europe de l’Est ? Cela fait partie des plans de développement de Lætitia Mauriac, qui veut d’abord consolider la reconnaissance de son vin, affirmer son style, avant, à moyen terme, d’avoir ses propres chais… En attendant, très active sur les réseaux sociaux, elle peaufine patiemment la notoriété du Château la Levrette : « c’est un métier sur lequel on apprend tous les jours, et où il faut être patient. Il faut dix ans pour rentabiliser un tel projet, c’est un travail de longue haleine, qui repose sur la confiance, la volonté, mais aussi les rencontres. C’est pour cela que j’ai créé en début d’année un club réunissant des femmes qui travaillent dans le monde du vin. C’est une formidable émulation, qui crée des contacts et des synergies ». A six ans, la levrette est encore jeune…

Mathieu Doumenge

Prix indicatifs : Château la Levrette rouge 2006 17, 90 €, Château la Levrette rouge 2007 14, 90 €.