Château Haut-Bailly, remarquable Cru Classé de Graves, vient d’entamer sa mue. Une recherche d’excellence technique qui annonce aussi une nouvelle conception de la gestion de ce navire amiral de Pessac-Léognan.

« Tout change mais rien ne change ». Nul doute que Véronique Sanders, gérante de la propriété, a dû faire sien ce mantra. Il se passe en effet quelque chose du côté du château ces dernières semaines. Bien que peu visibles derrière les palissades, ce sont pourtant des travaux d’importance colossale qui ont été lancés pour inscrire Haut-Bailly dans l’avenir. Ceux-ci n’auraient pas nécessairement dû voir le jour. Comme le rappelle Véronique, l’architecte Daniel Romeo, ancien collaborateur de Christian de Portzamparc auprès duquel il a passé 16 ans, leur a proposé d’insuffler une nouvelle énergie à la propriété. Les échanges, l’écoute mutuelle pendant près d’un an et demi ont abouti à un projet qui a littéralement suscité l’enthousiasme de feu Bob Wilmers, l’ancien propriétaire des lieux. En juillet 2017, quelques mois seulement avant son décès, il donnait son accord pour initier le chantier. Il s’est sans doute rappelé, à ce moment précis, de l’une des règles fondamentales propres à la gestion des grandes propriétés : la nécessité d’engager des investissements importants tous les 20 ans. Ceux-ci avaient été menés à l’époque, associant création de nouvelles infrastructures (le cuvier en béton date par exemple de 2002) à une connaissance beaucoup plus poussée du terroir. Les années se sont depuis égrenées rapidement, le seuil des deux décades se rapprochant à grands pas.

De nouveaux bâtiments discrets

Au regard de l’ampleur des travaux, l’inquiétude de voir Haut-Bailly transformé en une énième folie viticole démesurée pourrait être légitime. Mais ce serait mal connaître l’âme qui règne en ces lieux. Les enfants de Bob Wilmers et notamment son fils Chris, assurent la continuité de l’œuvre de leur père. Amoureux de cette terre, ils le sont aussi et ne souhaitent pas la dénaturer. Au printemps 2020, de nouveaux chais sortiront de terre mais ils seront très peu visibles. Parfaitement intégrés au paysage grâce à un jardin suspendu, ils devraient permettre de redécouvrir de nouveaux points de vue sur le vignoble. Ils offriront aussi et surtout la possibilité de produire dans des conditions optimales les vins de Haut-Bailly et de château le Pape, avec un niveau de précision encore plus fin qu’aujourd’hui. Les bâtiments existants feront, pour leur part, l’objet de réaménagement pour faire face aux défis nouveaux, notamment en termes œnotouristiques. En l’espace de 5 ans, Bordeaux est en effet passé de 2,5 à 6 millions de visiteurs, avides de découvrir la magie du vignoble. Haut-Bailly figurera, à n’en pas douter, de plus en plus sur leurs parcours. De 7000 visiteurs actuellement, systématiquement accueillis par des membres de l’équipe du château en petits groupes, la propriété se prépare donc dès aujourd’hui à recevoir davantage de public en leur proposant une offre variée. La table privée du château qui fête cette année ses 10 ans sera toujours là, tout comme les ateliers de cuisine fraîchement créés. Mais d’autres propositions viendront s’ajouter et qui sait, permettre de décrocher un « Best of Wine Tourism » comme le château le Pape en 2018, l’autre propriété des Wilmers primée dans la catégorie « hébergement à la propriété ».