En remportant le « Prix Raisin », le vigneron Frédéric Borderie se voit épaulé d’un tonnelier, d’un consultant en œnologie, d’un négociant et d’un restaurateur. Le Prix Raisin, ça ne mange pas de pain…

Les meilleures idées naissent souvent entre deux verres. La nuit porte conseil ; le vin aussi. Un consultant, un chef cuisinier, un tonnelier et un négociant ont décidé de créer le « prix raisin » en vue d’aider chaque année un jeune vigneron dans son travail. « L’idée est venue d’un sentiment partagé au contact de ces jeunes vignerons et aux vues de la difficulté de leur activité, explique Jean-Christophe Varron, l’un des protagonistes du projet. Ces vignerons souvent méritants pourraient à la fois bénéficier de conseils techniques avisés en vue d’améliorer et/ou d’affiner leur potentiel qualitatif. Enfin, cette opération aspire à être un encouragement pour tous les jeunes vignerons qui galèrent ». « Nous vivons principalement grâce à Bordeaux qui nous a beaucoup apporté et nous apporte encore beaucoup, mais les viticulteurs – lorsqu’ils ne sont pas Grand Cru ou Grand Cru Classé – souffrent et ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts, ajoute l’œnologue Olivier Dauga. Je ressens ce malaise régulièrement à travers mes visites en propriété. Le développement durable et la préservation de notre patrimoine culturel nécessitent des actions concrètes. Il faut absolument préserver notre savoir-faire mondialement reconnu, arrêter l’hémorragie des ventes de vignobles transformés en terrain à bâtir ». Partant de ce constat, Olivier Dauga, Jean-Pierre Xiradakis, Jean-Christophe Varron et Benoît Ricaud Dussarget ont décidé de mettre leur compétence au service d’un viticulteur de la région bordelaise. Le « Prix Raisin » est né.

Olivier Dauga, c’est le consultant, le « Faiseur de vins ». A l’initiative du projet, cet ancien rugbyman défend les vins accessibles, faciles à boire. Il est plus à l’aise à ripailler au marché des Capucins que dans les strass et paillettes des chartreuses bordelaises. Il met aussi son nez au service de propriétés en Provence ainsi qu’en Ukraine.
Jean-Pierre Xiradakis, c’est l’homme de la Rue de la monnaie à Bordeaux, propriétaire de la Tupina et de la maison Fredon. Artiste cuisinier, esthète, collectionneur d’art, il aurait pu vivre sous l’Antiquité ou durant la Renaissance. Disciple de Dostoïevski, il fait partie de ceux qui croient que « la beauté sauvera le monde ».
Jean-Christophe Varron est aussi un homme de goût. L’art, le vin, la gastronomie le séduisent. Sa matière de prédilection ? Le bois. Dans la tonnellerie depuis plus de trente ans, à la tête de la société Vinéa à Jonzac, il parcourt le monde entier pour marier le chêne avec le vin.
Benoît Ricaud Dussarget, c’est le négociant de la bande. Bonhomme, non moins voltairien que ses collègues, il est basé sur les quais de la Garonne. Sa société, le Monde des Crus, distribue des petits et des grands comme les châteaux Rauzan Ségla, Boyd Cantenac ou Prieuré-Lichine. Il travaille aussi avec des propriétés italiennes et espagnoles.

Le concept du « Prix Raisin » est simple. La bande des quatre a trié sur le volet des viticulteurs de moins de 40 ans et produisant un vin de 5 euros maximum. Après dégustation à l’aveugle au syndicat – et partenaire – des Bordeaux et Bordeaux supérieurs, celui qui est sorti du chapeau se nomme Frédéric Borderie du Château les Gravières de la Brandille (Saint-Médard de Guizières). Ainsi, ce jeune viticulteur va bénéficier de l’appui d’une sorte d’ONG du vin !
Dauga offre sur un millésime ses conseils, idem pour Varron qui offre également deux barriques neuves, Xiradakis met le vin à la carte de ses restaurants et Ricaud Dussarget le propose à la distribution. « C’est un sacré coup de pouce. C’est encourageant, on a l’impression de ne pas travailler pour rien. On se sent entouré », souligne l’heureux élu. Pourquoi pas l’afficher sur la bouteille ? Le Prix Raisin pourrait devenir un gage de qualité et doit être un tournant dans la carrière de ces vignerons. Car la bande des quatre va renouveler chaque année l’expérience, sans exclure d’améliorer le concept : « Il serait peut-être envisageable d’associer d’autres corps de métiers : par exemple étiquette, site internet, etc., afin d’envelopper le lauréat d’une vision et d’un conseil plus global orienté vers le consommateur et la mise en valeur cohérente, qui soit une aide à la mise en marché », expliquent Jean-Christophe Varron et Olivier Dauga. Comme le vin, le « Prix Raisin » va se bonifier avec le temps. A suivre !

Jean-Charles Chapuzet