(photo Dominique Demouy)
(photo Dominique Demouy)

Bien plus complexes qu’il n’y parait malgré leur robe, les vins IGP Sable de Camargue, gris et gris de gris, surfent sur la tendance de « prémiumisation » des rosés et s’affirment en vins de gastronomie. Mardi 19 mars, le syndicat du cru a officialisé la reconnaissance de cette IGP en AOC, à l’horizon 2020.

Ils ont leur capitale, Aigues-Mortes, la cité des eaux mortes en Camargue dans le Gard. Et leur emblème, les flamands roses dont la couleur si caractéristique provient de l’alimentation, à base de micro-organismes présents dans les étangs. Couleur pétale de rose à rose saumoné… comme les vins de sables de Camargue, le gris et le gris de gris à la robe translucide. Cette typicité, expliquée par le taux de sables siliceux présents dans le terroir de l’IGP (80% de sables), est une singularité et un atout dont s’emparent aujourd’hui les vignerons, pour revendiquer leurs vins en AOC.

Couleur trompeuse

« Les polyphénols n’étant pas retenus à l’intérieur des silices, les pellicules des raisins restent blanches ce qui donne des jus très clairs naturellement, mais avec tout le bouquet aromatique d’un vin qui pourrait être un peu plus coloré », explique Patrice Guiraud, vigneron au domaine de la Fourni et président du syndicat des vins IGP Sable de Camargue.

Ce dernier officialisait, mardi 19 mars en présence des vignerons de l’IGP, la reconnaissance prochaine des vins des Sables en AOC. Une aubaine pour les 110 vignerons qui se revendiquent de cette production, pour un chiffre d’affaires de 60 M€. Car si encore aujourd’hui, le plus célèbre des IGP Sable de Camargue, la marque Listel (joint-venture entre Castel et Vranken-Pommery Monopole) reste connue des consommateurs, évocatrice de rosé bon marché et présente dans 98% des magasins GMS en France, les vignerons de l’IGP entendent bien jouer la carte de la « prémiumisation » et surfer ainsi, sur le marché exponentiel des rosés.

AOC Sable de Camargue, le calendrier

« Au-delà d’un goût homogène bien représentatif du terroir que représentent les marques nationales et internationales Listel ou Les Embruns (Advini), marques qui nous font vivre, les vignerons de ce grand terroir vont plus loin encore dans la finesse et la nuance des vins proposés », explique Bruno Maillard, directeur général délégué au domaine royal de Jarras, propriété du champenois Vranken-Pommery Monopole. Paul-François Vranken, d’ailleurs, avait anticipé la cession de Listel en 2015 en se recentrant sur les domaines et une structure qualitative pyramidale : entrée de gamme (« Pink Flamingo »), cœur de gamme (gris de gris « Domaine royal de Jarras ») et cuvée haut de gamme (« FAVET 9-10 », ex-cuvée « Commandeur de Jarras » issue des vignes historiques du domaine en sélections massales).

Cet élan se poursuit aujourd’hui avec la reconnaissance en AOC. Elle aboutira en novembre prochain avec l’examen du dossier par le comité national de l’INAO et devrait être effective pour le millésime 2020. « La délimitation de l’aire géographique a été arrêtée le 15 février, nous en sommes à la délimitation parcellaire et le cahier des charges est déjà bien avancé, car c’est une IGP qui fonctionnait déjà comme une AOP », se félicite Patrice Guiraud.

Avec 3000 hectares pour une production de 200 000 hectolitres de vins IGP Sable de Camargue, le gris et le gris de gris représentent 96% des volumes et font vivre trois familles de vignerons : la coopérative Sabledoc (90 coopérateurs), 10 caves particulières à grande majorité apporteurs de raisins, et les Grands Domaines du Littoral.