« Vin, nutrition méditerranéenne et santé. Une association vertueuse », c’est le titre de l’ouvrage dirigé par Norbert Latruffe, professeur émérite de Biochimie et biologie moléculaire à l’Université de Bourgogne-France Comté. Des chercheurs de tout horizon reviennent sur les bénéfices pour la santé d’une consommation modérée de vin.

Nous sommes plus de 25 ans après le French Paradox, qui a consacré les bénéfices pour la santé d’une consommation modérée de vin. Diriez-vous que ce concept a encore toute sa pertinence aujourd’hui ?

Norbert Latruffe : Le French Paradox montrait que la mortalité par maladies cardiovasculaires est moins élevée chez les Français que chez les Américains par exemple. Serge Renaud (Ndlr : Chercheur et spécialiste des maladies coronariennes) a montré les effets bénéfiques du régime méditerranéen incluant une consommation régulière et modérée de vin, rouge en particulier. Le vin était même un facteur important. Depuis les connaissances sur le vin ont progressé. Il n’est plus question d’actions sur le cœur et les vaisseaux uniquement mais aussi de vertus intéressantes dans la prévention de maladies liées à la vieillesse. Des effets anti-inflammatoires, antiseptiques, sont également connus.

Finalement il y a peu de contestation scientifique du French Paradox ?
En matière de science il y a toujours l’expérience et la contre-expérience ! Vous trouverez toujours des gens opposés à des recherches. Dans le cas du vin, je pense notamment à ceux qui voient d’abord les problèmes liés à l’alcoolisme.
Serge Renaud a montré que les risques liés à une pathologie suivaient une courbe en « J ». Pour une consommation d’un, deux ou trois verres par jour le risque diminue, puis quand vous passez dans une consommation excessive le risque remonte.
En 2009, un rapport de l’INCA (Institut national du cancer) est allé jusqu’à dire que toutes les boissons alcoolisées, y compris le vin, sont à proscrire. Il a été contredit par beaucoup d’experts. Il est admis que le vin, consommé à dose modérée, n’est non seulement pas dangereux mais a des vertus.

Pouvez-vous faire un bilan de ce qu’on sait aujourd’hui des bénéfices pour la santé d’une consommation modérée de vin dans le cadre d’un régime méditerranéen ?

L’originalité du vin par rapport à toute autre boisson alcoolisée c’est la présence de polyphénols (ndlr : éléments présents surtout dans la pellicule des raisins). Ils ont des effets très intéressants : ce sont des anti-oxydants et neutralisent les effets de l’alcool.
Une consommation de vin diminue fortement les risques de neuro-dégénérescence, ralentissent l’apparition des symptômes d’Alzheimer. Des études sont toujours en cours.
On pense que le resvératrol, l’un de ces polyphénols, améliore la mémoire. On a des tests concluants sur des animaux. On ne les a pas encore transposés chez l’homme. De même pour le cancer colorectal. Il faudrait mener des études de longues durées chez l’homme. Ce qui demande des gros moyens financiers.
On a parlé des anti-oxydants, des effets anti-inflammatoires, mais dans le vin il y a aussi des vitamines, des sels minéraux, etc.
La prise de vin pendant les repas est un point sur lequel les chercheurs insistent. Pourquoi ?
Oui tout à fait. Les effets négatifs du vin sont liés à la présence d’alcool. Il va diffuser très vite si vous consommez du vin en dehors de toute autre alimentation. Pris dans le cadre d’un repas, vous avez un effet de dilution et de retard.

L’association Vin et Société interpelle aujourd’hui les candidats aux élections craignant que les politiques de santé publique en France, fondées jusqu’alors sur une notion de modération, n’évoluent vers une attitude prohibitionniste. Qu’en pensez-vous ?
Tout excès est mauvais. Pour le vin il faut rester dans des usages modérés. Le vin c’est aussi un art de vivre, on ne peut pas passer sous silence notre culture, notre histoire. Le vin a été reconnu par nos ancêtres, il y a plus de 2000 ans, ils avaient du bon sens.

« Vin, nutrition méditerranéenne et santé. Une association vertueuse » – Éditions Universitaires de Bourgogne -20 €