Le château La Verrerie du groupe EPI, au cœur du Luberon, est désormais entre les mains d’une jeune œnologue, Valentine Tardieu-Vitali tombée amoureuse du vignoble enserré dans un écrin de verdure.

Pour Valentine, le vin est vite devenu une évidence. Elle est née à Paris, a grandi à Uzès (Gard) et lorsqu’elle arrive à 16 ans à Bordeaux, elle trouve des petits boulots d’été dans le vignoble de Saint-Émilion. Premier coup de foudre. Elle s’oriente vers un bac scientifique, une licence de biologie et un DNO plus tard, deuxième coup de foudre pour Bastien Tardieu, fils du célèbre négociant rhodanien avec qui elle part faire ses premières armes en Australie et en Nouvelle-Zélande. « D’abord pour apprendre l’anglais mais aussi pour voir ce que l’on faisait ailleurs, dans des pays où l’on vous apprend davantage des notions de business que de patrimoine, même si cela dépend de la taille de l’exploitation » reconnait volontiers Valentine. Lorsqu’ils reviennent en France, Bastien travaille avec son père à Lourmarin dans le Luberon et Valentine cherche du travail pas trop loin. « Je suis très attachée à cette magnifique région, plus vallonnée et verte que le Gard ». Après un poste de maître de chai à la coopérative de Bonnieux (84), elle pilote la production et la qualité de la coopérative des Quatre Tours à Venelles (13), en Coteaux d’Aix. « J’étais très attachée à la coopération mais il me manquait la maîtrise du vin jusqu’aux assemblages et à la mise en bouteille; j’avais envie de tout gérer pour devenir une véritable ambassadrice de marque ». Elle accepte donc, à 5 mn de chez elle, le poste de responsable de production au château de la Verrerie, propriété de la famille Descours du groupe EPI (Weston, Bonpoint, Alain Figaret, Piper-Heidsieck, Charles Heidsieck…). Quand son directeur, Olivier Adnot, accepte une mission en Italie pour intégrer le nouveau domaine du groupe, le Biandi Santi en Toscane, puis intègre le pole d’investissement Vins, elle saisit l’opportunité de prendre en main les rênes de La Verrerie.

Plus de blancs et peut-être la biodynamie

« C’est un domaine majestueux de 150 ha au cœur du Luberon, dont un vignoble de 56 ha dans un écrin de nature, en bio depuis 2013 » s’émerveille toujours Valentine. On y produit environ 240 000 bouteilles par an à 30% de rosés, 47% de rouges et 14% de blancs. « J’aimerais augmenter la part des blancs à 20%, ne serait-ce que pour éviter les ruptures de rocks régulières au début de l’été comme c’est encore le cas en 2019. On a déjà replanté du rolle et du viognier, du grenache blanc cette année car nous bénéficions de sols pauvres marneux bien adaptés à la couleur pour obtenir une jolie expression saline ». Des replantations que Valentine voudrait plus disséminées sur le domaine pour tenter de minimiser les risques en cas de grêle par exemple, comme en 2018 où le vignoble a perdu 40% de volumes, surtout en raisins blancs ». Pour les rosés, Valentine estime que le domaine a atteint sa production maximum faute de raccordement au canal de Provence. La proportion de rouges, sur des gravettes très drainantes, est plus importante que dans l’appellation. En 2018, La Verrerie a investi dans des cuves en béton brut pour développer des vinifications parcellaires et « apporter de la buvabilité notamment aux rouges. C’est l’enjeu d’aujourd’hui : chercher à garder de la fraîcheur sur des vins de plus en plus chaud en alcool à cause du réchauffement climatique ».

En 2019, Valentine a choisi d’investir dans une trentaine de nouveaux tracteurs « car on ne peut pas bien travailler la vigne sans les bons outils ». Le prochain défi sera d’augmenter les ventes à l’export (seulement 10% actuellement) et peut- être d’amener certaines parcelles comme celle pour le Grand Deffand, le vin haut de gamme de la propriété, en biodynamie.