(Photos F. Hermine et DR)
(Photos F. Hermine et DR)

Le château Romanin fête cette année 30 ans de biodynamie. Histoire chaotique d’un domaine qui a su regagner ses lettres de noblesse au pied des falaises des Baux-de-Provence.

Jean-Louis Charmoulue, l’artisan de sa renaissance, s’en est allé au début de l’année, mais sa femme Anne-Marie garde le cap avec la même énergie et continue à suivre les vins, toujours épaulée par Franck Breau, l’incontournable directeur-œnologue du domaine. Monsieur goûtait surtout les rouges, Madame préfère les blancs et les rosés. L’histoire a commencé en 1985 quand le banquier Jean-Pierre Peyrot, fidèle client de L’Oustau de Baumanière laisse entendre qu’il cherche une résidence secondaire dans les environs des Baux. La propriété du chef d’orchestre Antonio d’Almeda est à vendre mais avec 250 ha autour. Qu’à cela ne tienne, l’affaire est conclue et le boursier de génie garde son rond de serviette à Baumanière. Il apprend ainsi que le propriétaire des lieux, Jean-André Charial, rêve de faire du vin. Quelques discussions plus tard, il lui propose de faire le « sleeping partner »; Peyrot finance, Charial s’occupe du reste, à commencer par trouver des droits de plantation. Avec les bons conseils de Jacques Puisay et André Parcé pour l’encépagement, de Jacques Melle pour la biodynamie, puis d’Ernest Zenninger du domaine Olga Raffault à Chinon et Jean-Pierre Perrin de Beaucastel, il commence en 1987 avec 1,5 ha de mourvèdre et de cabernet sauvignon, fait arracher les abricotiers pour s’agrandir, loue d’abord une cave pour vinifier avant d’en faire construire une en 1992 sur les conseils d’un druide maîtrisant forces telluriques et nombre d’or. Ainsi émerge de la falaise des Alpilles, sous les ruines du château du XIIIe siècle, une cave semi-enterrée avec son magnifique chai cathédrale creusé dans la roche et signé par l’architecte Serge Hennemann. Entre-temps ont été plantés folle, grenache, counoise « mais si le domaine a élaboré d’emblée les trois couleurs, nous avons surtout pris le parti du rouge à 80% » précise Jean-André Charial.

En rouges et blancs d’abord

Le château Romanin est né, portant le nom des ruines de la forteresse qui surplombe le domaine. Il devient l’ambassadeur de la cuisine de Baumanière mais quand M. Perot disparaît et que Madame retire la gestion du domaine au chef Charial, celui-ci quitte l’aventure en trois jours. « J’y avais mis tout mon cœur, j’y allais tous les jours, j’exportais les vins en Amérique du Nord, en Suisse, en Allemagne. J’ai préféré abandonné plutôt que de voir le domaine péricliter et je n’y ai remis les pieds que dix ans plus tard à l’invitation de Jean-Louis Charmoulüe ». Le domaine des Peyrot sans Peyrot fait long feu et finit par être racheté en 2006 par les Charmoulüe qui venaient de vendre le château Montrose, second cru classé de Saint-Estèphe pour s’installer en Provence. Ils ont un véritable coup de coeur pour le panorama à 360° sur les vignes et les falaises des Alpilles. La propriété regagne peu à peu ses lettres de noblesse. « Divers cépages ont été replantés en sélection massale ce qui permet de préserver la qualité et l’âme de notre vignoble, rappelle Franck Breau. Nous avons récemment augmenté les blancs à 20% (plutôt en roussanne, clairette, rolle et grenache blanc, (« M. Charmoulüe n’aimait guère l’ugni blanc » ) et les rouges à 40-45% parce que l’on a démontré que l’on peut faire de grands rouges en Provence au lieu de 80% de rosés régulièrement pratiqués dans les Baux ». Deux nouveaux cuviers ont été construits en 2015 et 2016 pour peaufiner les sélections parcellaires, un local de réception de vendanges avec chambre froide complète les installations, notamment pour soigner les blancs, désormais en AOP Baux-de-Provence en complément de l’IGP Alpilles. Romanin a recruté un jeune chef de culture et maître de chai Théo Buravand, arrivé au printemps de Châteauneuf-du-Pape pour remplacer l’excellent Eduardo Pincheira qui avait fait gagner aux vins finesse et fraîcheur. « Et l’histoire de Romanin continue, c’est ce que mon mari aurait voulu » conclut Anne-Marie Charmoulüe.

Le Château Romanin est présent à Lyon Tasting les 10 et 11 novembre, stand D12.