(photos : Pauline Gonnet)
(photos : Pauline Gonnet)

Le domaine du Tracot, situé sur la commune de Lantignié, est rondement mené par Jean-Paul Dubost et a fêté ses 110 ans en 2017. Il dispose en totalité de 29 hectares – en appellations Morgon, Moulin-à-Vent, Brouilly, Régnié, Fleurie, Beaujolais Villages –, et a hérité d’un 90/100 au guide Parker ainsi que de notes toutes autour de 90 avec le Wine Spectator, bible américaine des magazines consacrés aux vins.

Si la valeur de ses vins n’est plus à prouver, Jean-Paul Dubost n’a pas l’intention de se reposer sur ses lauriers. La conversion en agriculture biologique fait partie des objectifs pour les prochaines années, et a démarré sur l’appellation Moulin-à-Vent, bientôt certifiée. Il espère réussir la conversion de l’ensemble de ses parcelles à l’horizon 2022, en terminant peut-être par Lantignié, commune faisant aujourd’hui partie de l’appellation Beaujolais Villages, sur laquelle les parcelles en coteaux rendent le travail plus difficile.

Ses projets ne s’arrêtent pas là : Jean-Paul Dubost participe également au collectif de vignerons (composé de Frédéric Berne au château des Vergers, Fabien Forest, le domaine Burgaud…) souhaitant faire reconnaître Lantignié comme une appellation communale, hors de l’appellation Beaujolais Villages. Déjà dans la tête des « pères », ce projet est en passe de voir le jour très prochainement.

« Je n’avais jamais vu de vignes si nettoyées par la grêle »

Pour l’heure, la vingtaine de vendangeurs se concentrent en premier lieu sur le cru Brouilly, puis Moulin-à-Vent (durement touché par les deux épisodes de grêle du mois de juillet), pour se terminer à la fin de la semaine prochaine sur le cru Régnié et les hauts de Morgon. Fleurie n’a hélas pas échappé au fatal épisode de grêle du 10 juillet, où les rendements ne dépasseront pas les 10 hl/ha sur ce millésime. De mémoire de vigneron, Jean-Paul Dubost n’a jamais vu de « vignes aussi nettoyées après un orage de grêle. Le 11 juillet a offert un paysage de désolation, les collines de Fleurie étaient marrons, seules quelques tiges tenaient encore debout ». Brouilly a tenu le choc, ainsi que Morgon, permettant de garder probablement un volume équivalent aux précédents millésimes.

2017 présentant toutefois une belle qualité sanitaire, les vins devraient tenir leurs promesses et conserver le niveau atteint les autres années : un Brouilly sur le croquant du fruit, construit sur une belle trame tannique, lui conférant un certain potentiel de garde, et déjà accessible à la dégustation en 2016, sapide et très agréable. Les vignes de cette parcelle, constituée de sols argilo-calcaires et de schistes en sous-sol, arborent une couleur ocre prononcée et surprenante, d’autant plus qu’elle est l’une des seules parcelles de Brouilly à présenter cette teinte.

Le Moulin-à-Vent s’ouvre sur la cerise bigarreau, typique de cette parcelle de Burdeline de 3,5 ha faisant face au moulin, en haut de l’appellation, où le travail en bio est bien avancé : labour au cheval, vendanges manuelles et soin et traitement de la vigne selon les principes de l’agriculture biologique. Le millésime 2015 lui confère une légère sucrosité, assortie d’arômes de fruits noirs et d’épices, agrémentés de quelques touches florales sur la rose et l’iris.
Les macérations sont longues, de trois semaines environ, en cuve inox, puis les fermentations malolactiques se font en cuves béton. Tous les crus, sauf le Régnié et le Brouilly, sont ensuite passés quelques mois en demi-muids, afin d’assouplir leur structure tannique.

Une reconnaissance internationale

Les amateurs de par le monde ne s’y sont pas trompés : Jean-Paul Dubost est le deuxième exportateur, après Georges Duboeuf, en Australie, grâce notamment au travail d’une jeune diplômée de l’école de commerce de Montpellier, qui a su implanter les vins du domaine dans une centaine de restaurants australiens. Le marché anglo-saxon se révèle plus ouvert et « moins victime de préjugés sur le Beaujolais, d’autant que les consommateurs sont friands des caractéristiques du gamay, de ce fruité et de cette fraîcheur typique ».

Si les États-Unis représentent la moitié de son chiffre d’affaires, la France n’est pas en reste et ses vins se vendent sur les plus belles tables lyonnaises : de Bocuse à la Mère Brazier, en passant par Guy Lassausaie, Christian Têtedoie, la Cour des Loges et la Pyramide à Vienne.
Il était donc impensable pour Jean-Paul de ne pas être présent à Lyon Tasting : « Lyon est un emblème, dotée d’une valeur culturelle très forte à mes yeux. Être présent à Lyon Tasting, c’est continuer à m’inscrire dans cette lignée d’amateurs de bonne chère, de culture gastronomique, et pouvoir continuer à rencontrer un public partageant ces valeurs. »