(Photo P. Martinez)
(Photo P. Martinez)

Vinovalie, créée en 2006, réunit les caves tarnaises de Técou et Rabastens, les Vignerons d’Olt (Lot) et Fronton (Haute-Garonne). Le géant du sud-ouest réunit 400 coopérateurs et 4000 hectares de vignes, pour un chiffre d’affaire en 2016 de 46 millions d’euros.

Avec seulement 50 hectares de vignes certifiées en agriculture biologique (1,25% de leur surface totale), et deux cuvées, le butin paraît maigre. Mais, pour la première fois, Vinovalie a décidé de prendre le train de Millésime Bio en marche, en faisant goûter ces deux vins et « prendre la température des acheteurs ». Une occasion également de communiquer sur les nombreux projets en cours.

Raimbault 2016 et Château de Pialentou 2015 sont les deux cuvées qu’on peut déguster sur le stand Vinovalie, qui pour la première fois en 2018, a décidé de prendre son stand à Millésime Bio. « Nous partons de loin, le bio est une infime partie de ce qu’on fait. Mais c’est intéressant pour nous de venir voir les potentiels acheteurs qui viennent ici. Nous avons un vrai engagement sur le bio à moyen terme », affirme Christophe Abadie, directeur commercial de Vinovalie sur le circuit Caves, Hôtels et Restaurants. Projet sur quelle surface et sous quel calendrier ? La réponse est encore floue, mais certains projets sont amorcés. Avec 1,25% de ses surfaces en bio aujourd’hui, (50 hectares en bio pour 4000 hectares en tout), Vinovalie ne peut qu’aller de l’avant.

Convertir de nouvelles surfaces en bio

Sur leur vignoble de Fronton, par exemple, la surface des vignes en bio de Vinovalie devrait s’agrandir fortement ces prochaines années : « Vinovalie est propriétaire de Sainte-Marguerite depuis quatre millésime. Ce terroir devrait entamer, avec d’autres parcelles autour, une conversion en bio cette année, avec un objectif de 150 hectares en bio à terme », nous confiait Pascal Nacenta, œnologue et maître de chai lors d’un récent passage à Fronton.

Astucieux mais critiqué, le montage juridique de Groupement Foncier Agricole (société civile proche de la SCI, mais réservée à l’agriculture qui permet de favoriser la transmission en parts et non en patrimoine) permet à Vinovalie de faire entrer des capitaux extérieurs dans de nouvelles acquisitions de vignes, en diminuant les risques de perte suite à la conversion, et en permettant aux nouveaux actionnaires de défiscaliser. Une politique d’acquisition qui ne plaît pas à tous dans le vignoble, mais qui, selon Pascal Nacenta, permet d’adopter une « politique offensive pour que les choses avancent ».

Sur la cave de Cahors, Arnault De Framond, commercial présent sur Millésime Bio, évoque une possible conversion d’une dizaine d’hectares des vignes de David Gérard, le président des vignerons d’Olt à Cahors, « pour l’exemple et amorcer une dynamique auprès des coopérateurs », explique t’il. Mais rien n’a encore été acté définitivement pour l’instant, et les surfaces annoncées restent minimes.

Biovalie 2025, nouvelle stratégie amorcée

« Préservation de la biodiversité, objectif de zéro pesticide, diminution des intrants, bien-être au travail », la nouvelle stratégie communiquée par le groupe Vinovalie, pour un budget total de 16 millions d’euros, est affirmée haut et fort.
D’abord avec la plantation en juin 2017 de 2 hectares à Saint-Sulpice, réunissant 37 cépages autochtones du sud-ouest, conduits en bio depuis le début. Une façon de recréer un conservatoire de cépages, imaginé pour être à la fois un lieu d’expérimentation et un outil œnotouristique de grande ampleur. « Les visiteurs pourront venir découvrir un nouveau chai où les cépages autochtones seront micro-vinifiés séparément. L’objectif n’est pas commercial, c’est pédagogique, pour faire connaître notre diversité de cépages. Et nous, pour voir ce qui fonctionne le mieux et l’adapter dans nos plantations », explique Arnault De Framond. Ce projet de conservatoire est réalisé en collaboration avec l’ampélographie Olivier Yobregat (IFV), et « inspiré par le travail du gaillacois Robert Plageoles », selon le groupe.

Après quelques difficultés dans le démarrage des travaux, suite à des découvertes archéologiques, le projet a du se mettre en pause pendant une petite année. Un retard qui ne doit pas compromettre de nouveaux outils de production. « Une fois que les outils de production seront bien en place, comme la nouvelle chaîne d’embouteillage qui devrait être opérationnelle en février, les autres bâtiments pourront continuer à se construire », confie Christophe Labadie. L’inauguration est normalement prévue pour avril 2019.

Robots de taille et caméras embraquées, programme R&D de Vinovalie

La stratégie Biovalie mise également beaucoup sur le service Recherche et Développement qui été créé dans l’entreprise. « Biovalie 2025, c’est aussi un gros travail à la vigne. Avec des collectes d’informations grâce à des caméras embarquées dans les tracteurs qui nous permettront de mieux connaître les parcelles et d’ajuster les traitements. Côté cave, un partenariat avec le laboratoire de Montauban permet de faire des essais de nouvelles molécules dans le vin qui éviter de sulfiter », développe le directeur commercial.

Cet hiver, dans certaines vignes de Vinovalie, de nouveaux robots de taille se débrouilleront tout seul dans les rangées. Un programme de recherche de 3 millions d’euros, co-financé par la région Occitanie à hauteur d’1,3 millions d’euros et développé par l’entreprise toulousaine Naïo, le « spécialiste des robots agricoles et du guidage autonome » pour une durée de 48 mois. Des robots qui, selon les représentants de Vinovalie, devrait aider à motiver des jeunes à s’installer. « Nous essayons de porter la bonne parole, comment éviter les tâches répétitives, inciter les jeunes qui s’installent à passer en bio », ajoute Christophe Abadie. Une déshumanisation du travail de la vigne au service d’un présumé « bien-être » du coopérateur plutôt qu’une politique d’incitation tarifaire pour mieux impliquer le viticulteur dans le suivi de ses cultures ? Un débat compliqué qui reste entier.