La famille Boizel (photo F. Hermine)
La famille Boizel (photo F. Hermine)

Évelyne et Christophe Roques-Boizel passent la main à Florent et Lionel. Leurs deux fils qui avoisinent la quarantaine travaillaient déjà à leurs côtés depuis quelques années, ils tiennent désormais les rênes de la maison éponyme d’Épernay.

C’était une émouvante passation de pouvoir entre la cinquième et la sixième génération de Boizel sous les ors du restaurant Taillevent à Paris. Ils travaillaient déjà ensemble depuis 7-8 ans mais cette fois, la transition est officielle. Florent, qui a travaillé en Nouvelle-Zélande avant de prendre en charge l’export de la Maison M.Chapoutier, s’occupe désormais de l’international, des relations avec le vignoble et de la direction générale. Lionel qui a débuté sa carrière dans l’agroalimentaire avant de créer une entreprise de services à la personne et de travailler comme commercial en Champagne et chez un importateur américain, chapeaute désormais les ventes France en tant que directeur général délégué. L’histoire de la maison familiale continue ainsi en famille même si elle s’est rapprochée en 1994 de Bruno Paillard et Philippe Baijot pour créer le groupe Boizel Chanoine Champagne, devenu en 2010 Lanson-BCC. « Notre maison est restée autonome, insiste Lionel Roques-Boizel. Les choix stratégiques et les assemblages sont toujours décidés par la famille mais nous bénéficions de l’assise financière d’un grand groupe, le troisième en Champagne, ce qui peut rassurer les acheteurs internationaux et qui permet d’avoir une vision à long terme ».

« Transmettre des racines et des ailes »

La maison n’est propriétaire que de 7 hectares mais en bénéficie de 80 en approvisionnement pour élaborer environ 500 000 bouteilles par an. Évelyne Roques-Boizel a rappelé qu’elle n’était pas destinée à reprendre la maison familiale. Passionnée d’histoire et d’archéologie, elle a du changer d’orientation à la mort de son père au début des années 70, son frère gravement malade ne pouvant pas assurer la relève. « Je devais porter en moi la passion du champagne qui ne m’a jamais quittée mais c’est mon mari qui m’a poussé à reprendre le flambeau ». Évelyne dirige alors la maison et s’occupe du commercial, Christophe gère la relation avec les vignerons, les achats de raisin et la vinification. Les assemblages se font en famille. « Je me souviens encore de la première citation dans la presse en décembre 1973, quand Claude Lebel avait écrit qu’il ne pouvait pas y avoir de repas de rois mages sans un champagne Boizel, le millésime 66, à 31 Frs à l’époque. Nous avions ressenti une joie incomparable ». Et de rappeler la naissance de la maison en 1834 fondée par Auguste Boizel et Julie Martin qui étaient aussi boulangers, spécialistes en macarons – elle s’appelait d’ailleurs la maison Boizel-Martin. « Toutes les archives ont brulé dans les années 30 mais j’ai retrouvé quelques papiers dans le grenier. C’est toujours émouvant des transmettre des racines et des ailes, une capacité à faire rêver même si c’est évidemment plus facile avec des grands vins ».

Une ouverture récente à l’œnotourisme

La particularité de Boizel réside dans la part de ses ventes en VPC, près de 90% de la commercialisation en France dont 5 à10% par internet (la maison est l’une des premières à avoir lancé un site internet dès 1987) à partir d’un fichier avoisinant 60 000 contacts. Mais l’export représente aujourd’hui la moitié des ventes, principalement aux Etats-Unis et au Japon. Autre particularité, des éditions limitées annuelles dont la création est confiée depuis plus d’une quinzaine d’années à des artistes et créatrices qui remettent la marque sur le devant de la scène en fin d’année et avant l’été. Les derniers investissements ont porté sur l’oenotourisme avec l’ouverture en 2017 d’une boutique au 46 avenue de Champagne à Epernay, assortie de salons privés, ateliers de dégustation et des visite de caves depuis le printemps dernier. Les prochains chantiers sont déjà programmés avec un cellier bois qui abritera foudres et petites cuves pour développer le travail des monocrus, parcellaires, et vins de réserve. De nouvelles cuvées pourraient voir le jour (après, au début des années 2000, la Cuvée sous bois et la déclinaison rosé de Joyau de France, cuvée de prestige créée par René, le père d’Evelyne en 1969). La maison se penche également sur une démarche HVE pour le vignoble en propre. De quoi occuper les représentants de la sixième génération : « Nous avons eu la chance d’apprendre pendant huit ans aux côtes de nos parents, a conclu Florent, et cela sans pression, juste avec le respect du savoir-faire familial. Cela nous aide à prendre la suite »