(photos F. Hermine)
(photos F. Hermine)

Le groupe Pernod Ricard a communiqué sa feuille de route RSE 2030 (Responsabilité Sociale des Entreprises) la semaine dernière en direct de la distillerie Galienne en Charente, l’un des sites du cognac Martell. Elle définit ses engagements en matière de Développement Durable à horizon 2030.

Le numéro 2 mondial des vins et spiritueux affiche une volonté forte et s’est donné les moyens d’une large diffusion de son programme RSE 2030 présenté par ses dirigeants via une émission TV spéciale diffusée sur son site à l’échelle mondiale. Et le pdg Alexandre Ricard de rappeler en préambule l’engagement du fondateur Paul Ricard, son grand père, depuis des décennies avec notamment la création en 1966 de l’Institut Océanographique sur l’île des Embiez. Selon la méthodologie EcoVadis, le groupe se classe dans les 3% des entreprises mondiales les plus avancées en matière d’engagements RSE. « Ce qui a changé c’est une vraie structuration de la démarche pour une stratégie globale, accompagnée par la prise de conscience des actionnaires et des collaborateurs, insiste Alexandre Ricard. Il y a 10 ans, cette préoccupation était à peine audible ». Depuis 2010, date de lancement du premier plan RSE, 93% des sites de production du groupe ont déjà été certifiés ISO 14001, 95% des vignobles se sont engagés dans une certification environnementale locale, la consommation d’eau du groupe par litre d’alcool a été réduite de 20%, les émissions de carbone de 30% par unité de production et les déchets mis en décharge sont passés de 10 253 tonnes à 748 tonnes.

Cap sur la biodiversité

Pernod Ricard entend désormais mettre l’accent sur la biodiversité de ses terroirs tout en répondant aux défis du changement climatique et en garantissant la « qualité environnementale » de ses matières premières. 100% des entités du groupe mèneront un projet stratégique autour de la biodiversité à l’instar de la winery Brancott Estate en Nouvelle-Zélande qui protège sur ses terres une population de faucons en voie de disparition ou de Jacob’s Creek en Australie qui travaille sur ses 199 ha à la réintroduction de plantes indigènes. « Aujourd’hui la feuille de route est plus large que l’environnement, précise Jean-François Roucou en charge des performances DD. Nous nous efforçons de trouver des solutions innovantes dans nos propres domaines et sur les autres productions agricoles de déterminer les meilleurs référentiels existants comme Bon Sucro pour la canne à sucre, des cahiers des charges locaux pour la qualité des céréales de la vodka Absolut ou des whiskies Jameson et Glenlivet, pour la culture du fenouil pour Ricard… A chaque filiale de trouver son programme ». « Nous produisons des produits à vieillissement qui seront consommés dans cinq à dix ans; nous devons donc anticiper les attentes des consommateurs en matière environnementale qui nous jugeront demain sur nos pratiques d’aujourd’hui », insiste César Giron, pdg de Martell Mumm Perrier-Jouët.

Vers une agriculture régénérative

Le groupe mettra en place d’ici 2025 une Agriculture régénérative des sols (enherbement, produits alternatifs, replantation d’arbres, de haies, meilleure gestion des ressources en eau) au sein de huit régions viticoles (Argentine, Californie, Cognac, Champagne, Espagne, Australie, Nouvelle-Zélande et Chine) d’ici 2030. A Cognac, les 1500 viticulteurs fournisseurs du cognac Martell sont incités et encouragés à s’engager dans une démarche DD (référentiel interprofessionnel, Chambre d’Agriculture, plan Ecophyto…). Pernod Ricard est par ailleurs la seule entreprise privée à financer les recherches sur les cépages résistants dans le cadre d’un conservatoire suivi par l’interprofession et l’IFV. Le groupe a établi un plan hydrographique d’ici 2030 pour équilibrer sa consommation en eau en particulier dans les bassins à haut risque comme l’Inde et l’Australie, en réinjectant 100% de sa consommation d’eau sur ces sites. Il prévoit de travailler en partenariat avec plus de 5 000 agriculteurs à 95% certifiés avec un objectif de diminuer les pesticides de moitié en cinq ans ». Pernod Ricard s’engage également dans une production circulaire 100% recyclable, compostable, réutilisable ou renouvelable pour l’électricité avec un objectif de diviser par deux ses émissions de carbone. Sur les 2,8 M t. de carbone émises, 300 000 viennent du groupe lui-même qui prévoit d’investir 150 M € d’ici 2030 pour les réduire. Des actions sont également en cours pour la réutilisation des packagings, l’allègement des bouteilles et et la suppression d’ici 2025 de tous les produits à usage unique.

Côté ressources humaines, le groupe s’engage a une égalité des salaires d’ici 2022 (près de 19000 salariés), et à la parité au niveau de la direction d’ici 2030. L’accent sera mis sur la formation avec une collaboration auprès de 10000 barmen d’ici 2030 pour une consommation plus responsable et durable sans déchet ni plastique, et sur une sensibilisation aux Responsible Party, en collaboration avec le réseau étudiant Erasmus.