(Photo JM Brouard)
(Photo JM Brouard)

En 2014, les familles Moulin et Cathiard rachetaient conjointement une belle endormie de Pomerol. Après d’importants travaux, la propriété semble mieux armée que jamais pour briller de nouveau comme en témoignent les derniers millésimes.

17,5 hectares presque d’un seul tenant à Pomerol, ce n’est pas commun. Dans cette appellation mythique voisine de Saint-Emilion, le morcellement des propriétés est très important et rares sont celles qui dépassent quelques hectares. Château Beauregard fait donc figure d’exception. Situé au sud-est de l’appellation, le domaine est implanté pour bonne part sur un sol argileux très qualitatif. Une pépite qui n’avait pas reçu tous les soins nécessaires depuis son rachat en 1990 par un groupe bancaire. Lorsque le château a été remis en vente en 2014, les Cathiard, propriétaires de Smith-Haut-Lafitte, se sont montrés intéressés. Mais le projet n’a été finalisé qu’après en avoir parlé à la famille Moulin, leurs amis de 40 ans propriétaires pour leur part des Galeries Lafayette. Le rachat à BPCE sera finalisé juste avant les vendanges 2014, les Moulin détenant la majorité des parts. Et dès les premiers mois, les moyens nécessaires vont être mis pour redonner tout son lustre à cette propriété. Vincent Priou, le Directeur Général en charge du domaine depuis près de 30 ans, qui avait déjà entamé une conversion de la propriété vers l’agriculture biologique à partir de 2010, témoigne des changements drastiques entrepris. « Nous avons tout cassé pour tout reconstruire. La cuverie aux grandes cuves en inox a été entièrement repensée. Des cuves en béton thermorégulées dans la masse, plus petites, ont ainsi été installées pour pouvoir mettre en œuvre une vinification parcellaire plus précise. Table de tri optique ultra-moderne, approche gravitaire, le château a pris un virage complet en se dotant des meilleurs équipements ».

Meilleure définition des vins

Parmi les autres chantiers, celui de la replantation d’une partie du vignoble. Un travail de longue haleine, prévu sur plusieurs années et qui verra la part de cabernet-franc (aujourd’hui de 30% pour 70% de merlot) augmenter sensiblement à l’instar de la tendance de fond observée sur la rive droite. « Les conditions actuelles permettent une meilleure maturation du cabernet franc qui apporte de la structure et de la complexité à nos vins » rappelle Vincent Priou. D’ores et déjà, les vins ont gagné en précision. Le 2015 ne subit pas son millésime chaud. Il est droit et franc en bouche. Le 2016 pour sa part est ample, marqué par une grande maturité de fruits. Fruits noirs, léger menthol, le vin est complexe, doté de tannins élégants même s’il est encore un peu massif à ce stade. 2017 pour sa part tire bien son épingle du jeu dans une année compliquée. Il n’a pas la profondeur de ses deux aînés mais n’en demeure pas moins bien réalisé. Si quelques notes végétales trahissent un léger manque de maturité, l’ensemble est d’une belle fraicheur et souple, déjà agréable à découvrir. Et tant mieux car il faudra attendre un peu pour le 2018 qui est éclatant à ce stade. Un fruité très gourmand, un milieu de bouche dense mais soyeux, sans aucun doute une version plus complète de château Beauregard que sur les millésimes précédents. La propriété est bel et bien revenue dans la cour des bons Pomerol à suivre. Pour s’en convaincre ? Rien ne vaudra une visite sur place pour déguster les vins dans le cadre de la superbe chartreuse elle aussi totalement rénovée. 5 chambres permettront d’y faire une halte de qualité.