Les voisins ne le chantent pas, mais tout le monde reconnaît que les vins de Tronquoy-Lalande sont une référence de l’appellation Saint-Estèphe. A y regarder de plus près, on peut y voir trois raisons majeures.

C’est d’abord et naturellement un grand terroir d’une trentaine d’hectares – quasiment d’un seul tenant -, un domaine sur une zone très ventilée et tempérée de graves exceptionnelles sur un sol de 10 mètres mêlé d’argiles et de graves. C’est un ensemble très homogène, une composition rare à Saint-Estèphe, le tout sur un plateau légèrement drainant. Aussi bien sous l’ère des frères Bouygues qui ont acquis ce cru en 2006 – quelques mois après l’achat de Montrose -, qu’avec Arlette Castéja-Texier, l’ancienne propriétaire, ce terroir a été respecté. « Madame Castéja avait déjà ce souci, nous n’utilisions aucun désherbant et cette démarche environnementale s’est accentuée depuis avec 45% du vignoble conduit en bio », précise le directeur d’exploitation Yves Delsol.

La deuxième raison de ce succès tient à ce que cet oublié du classement 1855 a un encépagement comprenant de magnifiques petits verdots, ce cépage souvent stigmatisé comme « rustique » mais qui peut donner des vins superbes. Sur certains millésimes, comme 2010, 2011 ou 2012, le pourcentage de ce cépage dans l’assemblage avoisine les 10%. Il donne de la structure, des épices, de la fraîcheur, en somme il race les vins de Tronquoy-Lalande. La parcelle de petit-verdot, qui représente 6% du domaine, est dans une zone davantage humide, un faux plat marneux, idéal pour ce cépage dont on dit qu’il aime avoir les pieds dans l’eau. Le reste du vignoble est constitué de 51% de merlot – qui trouve son terroir de prédilection avec cette composante argileuse -, de 41% de cabernet sauvignon et 2% de cabernet franc.

La troisième et dernière raison repose sur le chef d’orchestre de ce château, le directeur d’exploitation Yves Delsol qui s’occupe de ce cru depuis 1988. Il en connaît tous les ressorts. « Avec les années, on maîtrise le parcellaire, à force de goûter les raisins, je juge les maturités et je conserve chaque lot séparément jusqu’à l’assemblage final », précise-t-il. Avec le nouveau cuvier et le nouveau chai qui ont vu le jour en 2011, Yves Delsol a pu gagner en précision et respecter au maximum l’expression du terroir en travaillant les jus à basse température. « J’interviens le moins possible, je veux un élevage très peu marqué car on a un terroir tellement généreux, le principal objectif est d’avoir une maturité optimale, aussi depuis 2018, je travaille avec le tri optique », résume Yves Delsol.

Depuis 2009, le Château Tronquoy-Lalande – le premier millésime est le 2011 – produit un vin blanc de sémillon et de sauvignon gris avec de très beaux résultats. Ce cru a enfin ouvert ses portes au public avec la création d’une boutique. Les vins rouges de Tronquoy avoisinent les 30€ et le blanc, produit sur 1,8 hectares, est de 55€. Le second vin de ce domaine s’appelle Tronquoy de Saint-Anne.

Ci-dessous : Hervé Berland, directeur de Tronquoy-Lalande et de Montrose, et le directeur d’exploitation Yves Delsol.