Des associations de vignerons développent des actions de solidarité pour aider ceux qui ont perdu une grosse partie de leur récolte à cause des aléas climatiques. Coup de projecteur sur Rouge Provence et Changeons l’Aude en Vin.
L’association Rouge Provence reste mobilisée, aléas climatiques obligent, mais a fait légèrement fait évoluer son mode de fonctionnement depuis ce fameux jour de juillet 2012, quand il a fallu venir en aide à Raymond de Villeneuve (Château de Roquefort) qui avait tout perdu en quelques minutes de grêle. A l’époque, une quarantaine de vignerons, de Bandol à Cornas en passant par Aix et Rasteau s’étaient mobilisés pour donner du raisin au vigneron de Roquefort-la-Bedoule à l’initiative de Peter Fischer du château Revelette et Jean-Christophe Comor des Terres Promises. « Au delà de la solidarité pour permettre à un vigneron d’élaborer au moins une cuvée et de ne pas perdre tous ses clients, l’idée était aussi de promouvoir les blancs et surtout les rouges dans un océan de rosés » souligne Peter Fischer. En 2014,
Le domaine des Luquettes propose d’élaborer une cuvée solidaire, un vin rouge édité uniquement en magnums et vendus à 35€. Les fonds récoltés sont reversés à des domaines qui ont fortement souffert du gel ou de la grêle comme le Clos Saint Joseph en 2017, le domaine Carpe Diem en 2018… « Mais comme cela est compliqué de donner de l’argent directement, la cagnotte permet désormais de louer camions et élévateurs pour récupérer les raisins par exemple, et depuis cette année, nous avons décidé d’aider aussi les vignerons en difficulté en louant leurs locaux au printemps pour organiser de grandes dégustations pour les prescripteurs, à Villa Minna qui a gelé et brûlé l’an dernier, à Carpe Diem ou aux Béates qui ont pris également le gel en 2018, explique Stéphane Bourret (La Bastide Blanche). On vinifie à Beaupré avec Phanette Double et on étiquette aux Béates ». Chacun des domaines adhérents à l’association présidée par Véronique Peyraud du domaine Tempier (aujourd’hui une trentaine de toute la Provence) ont une quarantaine de magnums à vendre; bouteilles, bouchons et cartons sont offerts par différents partenaires, reste à acheter cire et étiquettes. Le Crédit Mutuel soutient également l’association depuis le début à hauteur de 3000€ par an.

La solidarité audoise

Cette année, Rouge Provence avait invité les vignerons de l’association Changeons l’Aude en Vin qui a lancé depuis une douzaine d’années une idée similaire à l’initiative de Jean-Baptiste Sénat (domaine JB Sénat), Gilles Azam (domaine des Hautes Terres) et Frederic Palacios (Le Mas de mon père). « Au départ, on a voulu se réunir pour échanger sur la diversité des terroirs audois et créer une dynamique commerciale pour des domaines souvent forts à l’export mais peu connus dans leur région, explique Rémi Jaillet du domaine éponyme. Nous étions tous en bio, pas tous nature mais travaillant avec un minimum de soufre en levures indigènes, produisant des vins pas trop extraits ni boisés pour préserver l’expression du raisin ». Tout change quand un incendie criminel se déclare à la cave de Robert Curbières (domaine de Ventaillade) qui héberge également la production d’Edouard Fortin du jeune domaine des quatre pierres. « Une quinzaine de vignerons ont alors donné une barrique de 2012 pour élaborer 5000 bouteilles, de quoi aider Edouard à rebondir et à arriver à la récolte suivante, raconte Rémi Jaillet. Deux ans plus tard, c’est Frederic Palacios qui grêle à 80% et chaque membre donne du raisin pour élaborer la Cuvée Orage. En 2017, des soirées sont organisées pour acheter du raisin et aider quatre vignerons dont les vignes ont gelé tout et deux domaines pour les inondations de 2018. Depuis le millésime 2016, Changeons l’Aude en Vin, élabore une cuvée collective en rouge à partir d’une dizaine de cépages, chaque vigneron apportant 50 l., le fruit de la vente alimentant le fonds de solidarité. « Cela nous a rapproché et aujourd’hui, nous échangeons plus régulièrement – 17 vignerons en 2018 dans l’association présidé actuellement par le jeune Etienne Fort (chateau Saint Salvadou). Il nous arrive de nous aider pour les vendanges ou la vinification, on se regroupe quand on peut pour la logistique… » En espérant toutefois que cette année, aucun vigneron n’aura besoin de la solidarité des autres.

Photos F. Hermine