L’association « Femmes et vins de Bourgogne » organisait ce lundi 6 mai à Lyon une dégustation de la plupart des domaines membres. L’occasion de découvrir ou déguster à nouveau de belles bouteilles, mais surtout de dresser un panorama des parcours féminins dans le vin et de leur vision du travail et du monde viticole.

L’association, créée en 2000 et présidée par Virginie Taupenot du domaine Taupenot Merme, s’est construite sur la volonté de créer de nouveaux liens et de se structurer ensemble. Certainement pas contre les hommes, mais parce qu’il suffit parfois d’une discussion entre deux femmes pour sentir le besoin de se souder. Et l’envie de faire découvrir leurs vins bien sûr, au travers d’événements mais également d’actions pédagogiques dans les grandes écoles, afin de mettre en avant la richesse de la Bourgogne.

« Des femmes de vin, et non pas des vins de femmes » : le mantra de l’association est clair et n’a donc pas vocation à « genrer » un produit.

En revanche, des similitudes dans les parcours, dans la vie de tous les jours, entraînant des contraintes qui leur sont propres, ont fait naître ce besoin de partage et de soutien mutuel.
L’aventure viticole pour ces femmes ne prend pas toujours naissance au berceau. Les parcours sont multiples : entre celles qui prennent la suite de leur parent, celles qui remplacent un frère prédestiné, ou celles encore qui attendent que les enfants soient grands pour se reconvertir en vigneronne, leur chemin de professionnelle du vin n’a pas toujours été un long fleuve tranquille.
Mais les résultats sont bien souvent excellents, et les vins dégustés nous ont ravis les papilles.

Les familiales

Julie et Chloé Chevalier représentent la cinquième génération de vignerons de la famille. Une fratrie composée de six sœurs, dont trois qui travaillent sur le domaine : l’une à la logistique, l’autre au bureau, et la dernière à la vigne et au chai. Coup de cœur pour leur Ladoix Villages 2017, tout en délicatesse, tension, et fraîcheur (25€ prix départ propriété).
Domaine Chevalier Père et Fils
21550 Ladoix Serrigny

Béatrice Dubois travaille avec son frère Raphaël depuis deux décennies, et souligne à quel point la relation avec ses terroirs peuvent être complexes. Vingt ans n’ont pas été de trop pour en comprendre certains, et elle parle de son Clos Vougeot comme d’un enfant rebelle dont elle a enfin trouver comment l’éduquer. Si dompter « ce foutu caractère de Clos Vougeot » aura été un challenge, le résultat est probant.
Domaine R. Dubois & Fils
21700 Premeaux-Prissey

Les deuxièmes vies

Lorraine Senard Perreira a pris la suite de son père au domaine Comte Senard en 2012. Son frère était naturellement pressenti mais là n’était pas sa vocation, et lorsque son père lui confia que si elle ne reprenait pas le domaine, il le vendait, sa décision de devenir vigneronne fut prise.
Titulaire d’un BTS de commerce international, elle s’est donné trois mois pour voir si le travail du vin lui plaisait, et il n’en aura pas fallu plus. Lorraine est partie se former aussi à l’étranger, puis a commencé à vinifier dès 2007.
Assez récalcitrante au début envers les « trucs de bonne femme », elle s’est tout de même laissé tenter par la découverte de l’association et a trouvé un véritable lieu d’échange, répondant à de nombreux besoins, notamment techniques (l’association organise régulièrement des ateliers techniques pour ses membres).
Lorraine travaille essentiellement les terroirs d’Aloxe-Corton, et présente une cuvée particulièrement originale : un Aloxe blanc « les Caillettes », exclusivement produit avec du pinot beurot, le pinot gris bourguignon.
Domaine Comte Senard
21240 Aloxe-Corton

Brigitte Berthelemot a suivi un parcours un peu inverse : c’est une fois que les enfants furent élevés qu’elle décida de quitter la région parisienne et de prendre son envol à Meursault. Elle s’est formé à Amboise en 1996, a racheté les vignes de Jean Garaudet, et s’est lancé.
Un de ses enfants l’a rejointe dans l’aventure, et c’est ensemble qu’ils continuent à produire de très jolis Meursault, avec une gestion HVE et utilisant des pratiques de l’agriculture biologique et de la biodynamie, dont les effets positifs sont évidents pour elle.
Domaine Brigitte Berthelemot
21190 Meursault

Chantal Tortochot a d’abord officié quinze ans dans le secteur industriel avant de chausser ses bottes de vigneronne.
Et puis à 35 ans, l’envie de voir davantage ses enfants, de quitter son job qui ne l’épanouissait plus, l’emporte. Les parents disaient souvent aux femmes de sa génération de faire des études et de bien se marier, ne mentionnant pas franchement la possibilité de se lancer dans des carrières de vigneronnes, souvent évoqué comme étant des « boulots de cons » par les pères, eu égard à la pénibilité parfois et à l’aléa, souvent.
Sa cuvée « Renaissance » de Morey-Saint-Denis évoque à la fois l’histoire personnelle de Chantal mais aussi celle du domaine. Les vignes des deux clos classés en premier cru et composant cette cuvée appartenaient à son grand-père, qui les avait confiées à un vigneron de Morey par baux de 18 ans. Peu de temps avant que Chantal reprenne les rennes du domaine, son père avait renouvelé le bail. Elle aura donc longtemps attendu de pouvoir s’occuper elle-même de ces vignes, qui livrent une jolie cuvée sur la souplesse et l’élégance, au nez raffiné de sous-bois, fruits rouges et notes florales.
Domaine Chantal Michel-Tortochot
21220 Gevrey-Chambertin

Amélie de Mac Mahon, Duchesse de Magenta, a quitté son Écosse natale pour épouser un Français. Après le décès de ce dernier, elle reprit le domaine et poursuivit le travail de son mari, et produit de très belles cuvées, notamment en Chassagne et Puligny, mais également en appellation Bourgogne, dont la cuvée « Houillères » (à 100 mètres des Houillères de Puligny) est charmante et très équilibrée (13€ prix départ propriété).
Nous avons pu goûter un Chassagne-Montrachet de 1969, tout en finesse et élégance, qui n’avait rien perdu de sa tension.
Domaine de l’Abbaye de Morgeot
21190 Chassagne-Montrachet

Virginie travaille aujourd’hui avec son frère Romain sur le domaine. École de commerce puis voyages dans le monde, notamment au Japon, où elle réalise, si loin de chez elle, la chance qu’elle a d’avoir grandi au sein d’un vignoble aussi prestigieux que le sien. Elle revient donc se former à Beaune puis à Dijon, et rejoint Anne Parent, la fondatrice de l’association en 2000. Car si elle se sent aujourd’hui soutenue par la profession, elle confesse avoir également connu des difficultés supplémentaires par rapport aux hommes pour en arriver là où elle est. Leur Mazoyères-Chambertin 2017 est un régal : équilibré, avec un fruité raffiné mais aromatique, et un boisé qui sera parfaitement intégré dans peu de temps.
Domaine Taupenot Merme
21220 Morey-Saint-Denis

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