(Photo : Maurice Subervie)
(Photo : Maurice Subervie)

À l’échelle mondiale, seulement 12 cépages, parmi les 1 100 cultivés sur la planète, occuperaient aujourd’hui jusqu’à 80 % des vignobles de certains pays, selon une étude de l’INRA et l’université de Harvard. C’est pour redonner un peu de diversité à nos vignobles que 150 vignerons se retrouvent chaque année, le temps d’un week-end de novembre, au Bar de la Fontaine à Saint-Côme-d’Olt (12), pour débattre et échanger autour des cépages modestes, ces cépages patrimoniaux devenus minoritaires en France.
Cinquième de nos six témoignages et retours d’expérience extraits du Terre de vins n°55.

Robert Plageoles : le cercle des cépages disparus du Gaillacois
« On a toujours tort d’avoir raison avant les autres… mais le risque, c’est le sel de la vigne. Et, chez moi, ce piquant qu’a eu ma vie, je le dois à mon père, greffeur-vigneron. En plantant deux rangées d’ondenc parce qu’il s’était dit un jour : “Ça pourra servir”, il m’a laissé un message, pas écrit mais occulte. Pendant des années, ça a trotté dans ma tête : un message, ça mûrit. Le déclic, en 1980, a eu l’effet d’un détonateur : pendant des années vice-président du syndicat de l’AOP Gaillac, je me suis retrouvé nu de responsabilités. Avec mon épouse, nous sommes partis comme des missionnaires vendre nos vins en sortant du Gaillacois. Une utopie, car l’appellation était inconnue à l’époque, sans image. Pour créer cette image, je n’ai pas vendu du vin, j’ai vendu une histoire, l’histoire de Gaillac, et c’est ce qui m’a mis sur le chemin de l’ampélographie. En 1982, j’ai planté un demi-hectare d’ondenc, en association avec l’Unité expérimentale du domaine de Vassal, propriété de l’Inra abritant environ 4 000 variétés de cépages, à Marseillan, dans l’Hérault. J’ai mis le doigt dans l’engrenage historique du vignoble gaillacois, pour réunir petit à petit, en quatre conservatoires, la totalité des cépages anciens de cette région : verdanel, prunelard, etc. J’ai défendu l’indéfendable mauzac, dont il existe autant de variétés que de couleurs de baies, sept en tout ! Indéfendable, car le vin obtenu avec ce cépage emblématique, à caractère oxydatif, était vilipendé. Et c’est aujourd’hui ce caractère oxydatif qui fait sa renommée ! »
Domaine Plageoles – 81140 Cahuzac-sur-Vère
05 63 33 90 40 – www.vins-plageoles.com