(photos F. Hermine)
(photos F. Hermine)

Les vins du Sud-Ouest mettent toujours plus en avant leurs cépages autochtones en production, en rayons et désormais dans la nouvelle communication.

« Le passage des routes de Saint Jacques de Compostelle à travers notre territoire est le premier vecteur du brassage et du métissage des cépages, certains autochtones nés dans le Sud-Ouest comme le fer servadou, le tannat ou les mansengs, d’autres tels les cabernets et le merlot qui arrivent via l’axe commercial de la Garonne et de ses affluents comme l’Adour ». Paul Fabre, directeur de l’interprofession (IVSO) dresse ainsi le cadre des vins du Sud-Ouest qui ne compte pas moins de 300 cépages dont plus de 130 autochtones (avec quelques inconnus et une vingtaine de raretés comme la magdeleine noire, le bouysselet, le manseng noir). Soit 30% de la diversité génétique nationale sur 6% de territoire. Le Sud-Ouest abrite le troisième conservatoire de cépages dans l’Hexagone. « Nous ne les avons pas encore tous découverts et la collecte parfois de bouts de feuilles continue, précise Eric Serrano, directeur du pôle Sud-Ouest de l’Institut Français du Vin. Depuis une vingtaine d’années, les analyses génétiques de l’Inra permettent de trouver les liens de parenté avec les cépages existants et étudient les inconnus dont on a souvent retrouvé qu’un seul cep ». Dans le conservatoire de Saint Mont, on prend soin d’une vingtaine de cépages du 19e siècle qui ont traversé le temps « car ils n’avaient pas de valeur marchande et servaient surtout à la consommation domestique, précise Eric Serrano. Les paysans n’arrachaient jamais de vignes et les sols sableux les ont protégées du phylloxera ». Certains cépages comme le manseng noir qui pourrait être le père génétique du cabernet s’est révélé particulièrement adapté au réchauffement climatique; tout comme le tardif, qui murit tardivement comme son nom l’indique et dont le degré alcoolique permettra de faire baisser le degré des assemblages. Réinscrit au catalogue des cépages grâce à la persévérance de l’union coopérative Plaimont, il a été replanté en Saint Mont pour des premières vendanges en 2020.

La dynamique de la « wine region of the year »

Le 4ème vignoble de France produit environ 3 M hl (pour 29 AOP et 13 IGP) sur 45 000 ha répartis sur 13 départements. La production des plus de 6500 entreprises et d’une vingtaine de coopératives est à 58% en blancs grâce surtout aux côtes-de-gascogne, à 29% en rouge (67% pour les seules AOC notamment à Cahors, Madiran et Gaillac) et 13% de rosés qui enregistrent une vraie dynamique, notamment en grande distribution (près d’un vin sur deux commercialisé sur ce circuit). Un tiers des vins sont exportés (le titre envié de ‘Wine region of the year’ du Wine Enthousiast, décroché l’an dernier a sans doute aidé) avec de belles performances pour les cotes-de-gascogne blancs et les comté tolosan rosés grâce à un éclaircissement des vins. Les bouteilles du Sud-Ouest sont également très présentes chez les cavistes avec en moyenne 15,5 références AOP et IGP par points de vente. Reste néanmoins à faire progresser le référencement en Ile de France et en Bourgogne. « La difficulté sur Paris est avant tout un problème de place en magasin avec une surface moyenne de 50 m2, reconnait Paolo Boucanova, directeur des achats de la chaîne de cavistes Repaire de Bacchus. Le Sud-Ouest ne représente que 4% de notre CA mais les côtes-de-gascogne ont bien réussi à booster les ventes alors qu’il y a 10 ans, on n’avait que du madiran, du cahors et du jurançon. Nous envisageons de passer à une communication plus pointue sur les cépages comme le prunelard, le mauzac, le fer servadou qui portent leur terroir, en invitant un vigneron ou un négociant régional qui viendront expliquer leurs vins et avec des formations en interne mais il faut avant tout faire goûter ».

Les Vins du Sud-Ouest ont profité de cette tendance positive pour renouveler leur communication. Après « les vins du Sud-Ouest naturellement » au début des années 2000 et et « le Sud-Ouest, les vins à découvrir » depuis 2009, l’interprofession a choisi « Vignobles du Sud-Ouest, de l’origine à l’originalité » en lettres bleu nuit, pour miser encore plus sur ces cépages.