(photos JM Brouard)
(photos JM Brouard)

A l’heure où l’Europe politique connaît quelques chamboulements, les vins grecs nous rappellent qu’il existe une communauté de vision en matière de vin avec nos voisins.

Totalement anecdotiques il y a quelques années, les vins grecs ont initié une offensive pour essayer de se faire connaître en France. Pas évident car, comme tout pays producteur, notre consommation s’oriente presque exclusivement vers notre production nationale. Mais les vins grecs ont ceci de particulier qu’ils peuvent trouver un écho favorable ici car ils nous rappellent une certaine idée de la tradition, de la préservation d’un patrimoine viticole incroyable tel que nous la connaissons en France. Évacuons de suite un problème : les noms des régions viticoles, des domaines et des cépages. Bien que le grec moderne n’ait rien à voir avec le grec ancien, les hellénistes auront ici un avantage comparatif évident sur les latinistes : pouvoir déchiffrer les étiquettes. Conscients de cet obstacle, les vignerons Grecs affichent désormais souvent les noms en alphabet latin. L’Antiquité réconciliée en somme ! Même avec cela, peu de chance que vous connaissiez les cépages proposés. La Grèce est l’un des berceaux de la viticulture européenne depuis plus de 3000 ans (notamment sur l’île de Santorin) et dispose de ce fait d’un patrimoine exceptionnel de cépages autochtones. Bien loin de l’uniformisation mondiale tant décriée autour de cépages internationaux.

Melon, laurier, résine de pin…

La curiosité est un pré-requis obligatoire avec les vins grecs car les découvertes sont permanentes. Prenez le domaine Skouras dans le Péloponnèse. Son Moschophilero 2016 (14€) rappelle un peu le muscat mais sans excès aromatique, porté par le jasmin, les fruits frais. Une bouteille parfaite pour l’apéritif. Et dans une version plus délicate encore, essayez la cuvée 100% malagousia du domaine Gerovassiliou en 2016 (19,50€) aux notes de pêche blanche, de poire, de thé vert et à la finale saline délicieuse. Dans le nord de la région, le domaine Parparoussis propose quant à lui un assemblage original d’assyrtiko, l’un des cépages grecs blancs les plus emblématique, et d’athiri. Le premier apporte puissance et acidité quand le second joue davantage sur la rondeur. Cette cuvée « dons de Dionysos cava » (20,5€), née entre mer et montagne, séduit par ses arômes d’amande et de miel et un gras en bouche presque rhodanien. Nombre de vignerons grecs ont à cœur de protéger les cépages autochtones que l’on compte par centaines dans le pays. En Macédoine, dans le nord du pays, le domaine Diamantakos s’emploie à faire renaître le preknadi après en avoir redécouvert deux rangs chez un vieux monsieur qui les leur a donnés. Le 2016 en monocépage (19€) est un vrai vin de gastronomie, aux épaules larges et aux accents chaleureux. Un blanc puissant.

La Crête n’est évidemment pas en reste. Le domaine Lyrarakis dispose de vignes à 500 mètres d’altitude proche de Heraklion où Effie Kallinikidou produit des vins très originaux à partir de cépage locaux. Le plyto surprend avec ses notes de melon très nettes. Quant au dafni, c’est un ovni aromatique balançant entre notes de laurier, de romarin, de pomme mure. Les rouges ne sont pas en reste avec le kotsifali (9€). Une merveille de délicatesse en bouche avec des tannins murs et enrobés, beaucoup de souplesse et de fruité avec une finale épicée. Et si votre curiosité n’est toujours pas rassasiée, optez pour les retsinas, vins mythiques dans lesquels on ajoute de la résine de pin au moût lors de la fermentation. Ces notes de résine se retrouvent alors plus ou moins en bouche. La cuvée retsina « les larmes du pin » 2016 (22€) du domaine Kechris sont un exemple très équilibré où les notes de melon et de fleurs se mêlent harmonieusement aux notes de résine. Parfait pour une première découverte. Tous les vins évoqués sont disponibles à la cave Mavrommatis à Paris.